L’oubli est la ruse du diable Ce 13 septembre 2022; c’était la 64 ème commémoration de l’assassinat du Mpodol Um Nyobé père de l’indépendance du Cameroun. Cette date anniversaire a été boudée par les dirigeants du Cameroun, pays pour lequel il est mort. Ceci nous amène à évoquer la question de la fabrique de l’oubli que nous entretenons au Cameroun dans tous les domaines. Un traitement ingrat est infligé aux figures marquantes de l’Histoire du Cameroun; aucune société sérieuse ne peut se bâtir en oubliant ses figures emblématiques.Même les nationalistes camerounais qui ont sacrifié leur vie pour la patrie ont été oubliés et aucune action sérieuse n’est entreprise pour entretenir leurs mémoires. Il n’existe pas; sinon très peu de rues, d’écoles, de structures ou d’édifices portant leurs noms. Si nous prenons par exemple le cas de Félix Moumié, même la France qui a organisé son assassinat a donné son nom à une rue dans la ville de Montpellier. Un lycée porte fièrement le nom de Félix Moumié en Guinée Conakry. Alors que chez lui au Cameroun, aucun lieu ou édifice ne porte son nom.Il est donc inadmissible de voir pulluler au Cameroun des établissements scolaires baptisés : Général Leclerc, François-Xavier Vogt, Père Monti, Victor Hugo etc… alors qu’il y a très peu de noms d’établissements scolaires qui portent les noms des figures marquantes de notre Histoire. Sous d’autres cieux, les établissements scolaires et même les grands édifices portent les noms des figures emblématiques de l’Histoire du pays. Tel n’est pas le cas au Cameroun où les appellations données aux édifices ne représentent rien de symbolique ou d’historique. Pendant qu’au Sénégal par exemple, on a l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Cameroun nous avons l’université de SOA. Alors qu’au Kenya, on a l’aéroport international Jomo-Kenyatta, au Cameroun nous avons l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen. Alors que la tendance mondiale est de donner des noms de figures emblématiques aux établissements scolaires; au Cameroun, les noms des établissements scolaires ne renvoient qu’aux noms des quartiers qui les abritent : Lycée de Mimboman, Lycée de Bonaberi, Lycée de Biyem-Assi, Lycée de Mballa II etc. Ce constat est valable pour les noms des rues, boulevards et carrefours de nos villes qui doivent être décolonisés et rebaptisés. Tenez ! Voici par exemple les noms de quelques carrefours que l’on retrouve au Cameroun : “carrefour j’ai raté ma vie”, “carrefour trois bordelles”, “carrefour caca”, “carrefour tendon”, “carrefour sorcier” etc.La fabrique de l’oubli au Cameroun concerne tous les domaines. Si nous prenons par exemple le cas de la musique; qui se souvient aujourd’hui de Cheramy de la Capitale la première star de la musique camerounaise ? de Kamdem Irenée l’un des premiers artistes camerounais à diriger un bar-dancing hautement équipé ? de Paul Malap le premier à avoir chanté une ode pour le Cameroun ? de Lydia Ewandé la première artiste africaine comédienne en France ? de la diva Uta Bella ? du conteur Monazang ? de Michel Kingué le plus grand clarinettiste camerounais ? d’Epée Mbendé Richard l’un des pères du Makossa ? du génie Eteil Tobbo? Pour en finir avec la fabrique de l’oubli, nous pouvons par exemple rebaptiser les noms de lieux et édifices en hommage à nos illustres prédécesseurs; c’est un moyen de les inscrire dans la postérité, de les réhabiliter. MONGO BETI avait carrément proposé que le nom de la capitale du Cameroun soit transformé en Umnyobéville; premier pas dans la réhabilitation du héros fondateur de la nation et première débâcle morale de tous ceux qui ont tenté d’usurper son œuvre et sa glorieuse mémoire. Il faut ériger un panthéon pour honorer la mémoire des grandes figures de notre histoire.Aux grands Hommes la patrie reconnaissante.Il faut absolument vaincre l’oubli, ce lugubre linceul qui ensevelit les mémoires des hommes et femmes qui ont marqué notre Histoire. Comme disait Rigord, un moine de l’abbaye de Saint-Denis en 1207, « Ne meurent et ne vont en enfer que ceux dont on ne se souvient plus. L’oubli est la ruse du diable ». Arol KETCH – Rat des archives

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