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Pour Yves Montenay, l’africanisation du monde est un fait incontestable. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, il faut maintenant le comprendre et en tirer les bonnes conséquences.

Publié le 31 août 2023-A+

Pourquoi et comment l’africanisation du monde est en marche, principalement du fait de la croissance de sa population ?

Pendant longtemps, et encore très largement aujourd’hui, ce sont des pays arabes, puis l’Occident, qui ont influencé l’Afrique, alors que les Africains étaient peu connus à l’extérieur, sauf comme esclaves dans les Amériques et dans les pays arabes.

La situation est actuellement en train de s’inverser, pour les raisons que nous allons voir. C’est ce que j’appelle « l’africanisation du monde », mouvement qui devrait s’accentuer dans l’avenir.

La principale raison est démographique

Vers 1900, la population de l’Afrique était estimée à environ 100 millions de personnes, en stagnation depuis plus d’un siècle ; elle était de 275 millions dans les années 1950 ; 814 millions vers 2000 ; et probablement 1,4 milliard en 2023, soit la population de la Chine ou de l’Inde.

Les prévisions de 2,5 milliards d’Africains en 2050, et entre 4 et 5 milliards en 2100, supposent une forte baisse de la fécondité, à l’image de ce qui s’est passé dans le reste du monde.

C’est vraisemblable, mais pas certain. En effet, pour l’instant, la fécondité décroît régulièrement, mais beaucoup plus lentement que prévu, traduisant notamment les retards en matière de scolarisation, particulièrement au Sahel. On est aujourd’hui à deux à trois enfants par femme en Afrique du Nord où la baisse est lente ou stoppée, et à 4 à 7 enfants par femme en Afrique subsaharienne.

Les deux premiers enfants remplaçant les parents, en avoir quatre ou six signifie que le nombre de parents va doubler ou tripler à chaque génération au sud du Sahara, phénomène qui va être amplifié par le fait que les générations se succèdent plus rapidement que dans le reste du monde, le premier enfant arrivant souvent entre 13 et 18 ans contre 30 ans dans les pays du Nord.

Exemple extrême inspiré du Niger : en 30 ans (deux générations), une fécondité de 6 enfants par femme entraîne à chaque génération un triplement du nombre de parents, soit une multiplication par 9 (3×3) de la population, à fécondité constante.

Croissance démographique au Niger (Les Echos)
Croissance démographique au Niger (Les Échos)

Bref, 20 % de l’humanité vit en Afrique aujourd’hui, et ce sera au moins 30 % en 2050 ; et plus de 40 % en 2100; dans la mesure où, simultanément, la population des autres pays, tous continents confondus, baisse hors immigration. Et cette immigration est largement africaine en Europe.

L’histoire démographique africaine est liée à sa géographie

La géographie de l’Afrique a déterminé l’histoire des rapports avec les Arabes et les Occidentaux, rapports pour lesquels je me limite ici à leur impact démographique.

L’Afrique est en effet un continent massif et difficilement pénétrable, divisé entre deux grandes aires culturelles : le nord, de peuplement arabo-berbère, et l’Afrique subsaharienne (je passe sur les pays géographiquement intermédiaires comme l’Éthiopie, la Mauritanie ou la Somalie).

Partout il y avait une grande différence entre les villes côtières et l’intérieur inaccessible. Les villes côtières d’Afrique du Nord ont des contacts depuis la plus Haute Antiquité avec d’autres civilisations méditerranéennes, alors que ce ne fut pas le cas de celles de l’Afrique subsaharienne.

Pour cette dernière, il a fallu attendre le XVIe siècle pour voir arriver les Portugais puis les autres Occidentaux. Mais ces derniers n’avaient que peu de contacts avec l’intérieur jusqu’à la colonisation dans la deuxième partie du XIXe siècle.

Un continent jadis considéré comme vide

Au Moyen Âge, les principaux contacts avec l’intérieur du continent se limitent aux razzias des esclavagistes arabes sur la côte orientale, et aux marchands maghrébins qui allaient livrer au Sahel des produits manufacturés contre de l’or et des esclaves.

Ces razzias ont continué, en s’accentuant (meilleurs fusils arabes) jusqu’à la colonisation. Certaines régions d’Afrique en ont été largement dépeuplées.

Cette raison s’ajoutant à un profond sous-développement, lui-même cause d’une mortalité élevée, explique que l’Afrique subsaharienne était un continent perçu comme vide par les Européens.

Au sud du Sahara, sauf en Afrique du Sud, la colonisation s’est faite avec un tout petit nombre de militaires, souvent en majorité africains.

Au Maghreb en revanche, il fallut d’importantes opérations militaires, particulièrement au Maroc et en Algérie.

La colonisation a déclenché la croissance de la population

L’arrivée des Occidentaux, contrairement à celle des Arabes, a commencé par réduire considérablement la mortalité.

D’une part, les Occidentaux avaient interdit l’esclavage dans leurs propres colonies dans la première moitié du XIXe siècle, et l’ont donc interdit dans les territoires colonisés. La traite interne ainsi que la traite arabe se sont arrêtées.

Seule la traite arabe a continué de manière discrète dans la corne de l’Afrique vers le Moyen-Orient, et dans le Sahara vers le Maroc. Elle s’est pratiquement arrêtée avec l’arrivée des Français au Maroc à partir de 1911, et des Anglais au Moyen-Orient à partir de 1918. Elle resterait présente sous d’autres noms vers la péninsule arabique.

La colonisation a en général apporté la paix civile, deuxième raison de la baisse de la mortalité. Les conflits actuels au Sahel, au Soudan, en Somalie et ailleurs contrastent avec une paix coloniale un peu oubliée aujourd’hui.

Plus tard, et progressivement, les règles de base de l’hygiène, puis la vaccination se sont répandues et cette évolution a continué après les indépendances.

Le fait que la colonisation ait déclenché la croissance démographique a été observé aussi bien en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne.

De la démographie africaine aux craintes migratoires

Si les diasporas rendent l’Afrique, aussi bien du Nord que subsaharienne, de plus en plus visible, leur installation a précédé l’explosion démographique actuelle.

La situation actuelle ne préjuge donc pas du tout de la situation future.

Il faut distinguer les diasporas maghrébines de celles de l’Afrique subsaharienne.

La diaspora maghrébine

Elle pose des problèmes qui ne sont pas le sujet de cet article, et qu’il ne faut pas minimiser.
Néanmoins, démographiquement, sa  fécondité n’est que peu supérieure au reste de la population, elle se francise rapidement dès la deuxième génération sur le plan linguistique, et une grande partie se fond dans le reste de la population en trois générations : la religion s’atténue, malgré le ressenti inverse venant d’une minorité, et la partie qui réussit socialement devient presque invisible.

L’immigration subsaharienne

Nous n’avons pas le même recul pour l’immigration subsaharienne qui est récente, beaucoup moins nombreuse mais en croissance.

Par exemple, des familles très intégrées gardent néanmoins une très forte fécondité.

Ce constat s’ajoute à une meilleure connaissance, par l’opinion occidentale, de la rapide croissance de la population africaine, de son sous-développement et de la visibilité de cette immigration. Visibilité encore accrue par les drames subis par les migrants, qui déclenchent des réactions diamétralement opposées.

Je peux témoigner que, dans mon quartier parisien, les Subsahariens sont très minoritaires contrairement, par exemple, à la ville de Montreuil. Mais leur nombre est en accroissement rapide, avec chaque matin une marée de travailleurs, migrants récents ou descendants, venant de banlieue : employés de sécurité, employés de banque,  vendeuses, nounous, cadres moyens, soignants.

Et parmi les résidents, donc des bourgeois, j’observe une très forte fécondité. Je peux citer l’exemple de mères de famille enceintes, avec déjà trois ou quatre jeunes enfants, ce qui montre bien que ce n’est pas seulement un effet de la pauvreté ou d’une scolarisation insuffisante. Lorsque je les interroge en me présentant comme démographe, elles me répondent que « c’est la tradition » et que « on adore les enfants ».

Par ailleurs je remarque de plus en plus de couples homme blanc/femme noire, ce qui est nouveau et témoigne d’un niveau scolaire croissant chez les intéressées.

C’était jadis l’inverse, les Noirs ne trouvant pas d’Africaines à leur niveau. On constate d’ailleurs que de nombreux chefs d’État africains épousent une Européenne.

L’immigration et le développement des pays de départ

Bref, cette immigration subsaharienne est relativement limitée jusqu’à présent : 1,5 % de la population française d’après François Héran, ancien directeur de l’INED, titulaire de la chaire Migrations et Sociétés au Collège de France.

Elle est néanmoins l’objet d’une forte crainte pour l’avenir.

Cette crainte est exprimée par l’africaniste Stephen Smith qui a publié : La ruée vers l’Europe, la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent. L’auteur y évoque la possibilité que 25 % de la population européenne ait des origines subsahariennes en 2050.

Évoquons tout d’abord un consensus des spécialistes ignoré du grand public : on émigre peu quand on est très pauvre. Il faut en effet beaucoup d’argent pour migrer (cf les écrits de l’économiste britannique Paul Collier en 2013).

Le développement de l’Afrique ne diminuera donc pas la pression migratoire, d’autant que d’autres facteurs vont dans le même sens, et notamment une amélioration de l’information internationale lorsque le niveau de vie augmente.

Les discussions sont donc vives sur l’immigration africaine, maghrébine et subsaharienne en Europe.

Remarquons qu’il y a des discussions analogues en Grande-Bretagne pour l’immigration indo-pakistanaise, et aux États-Unis pour l’immigration d’Amérique latine. Contrairement par exemple au Canada qui cherche à accueillir un maximum d’immigrants.

Cette augmentation de la population africaine a été précédée sur le plan intellectuel par l’action des diasporas africaines dans le monde.

Le rôle culturel des diasporas dans l’africanisation

Les diasporas africaines ont largement contribué à un début d’africanisation culturelle du monde, bien avant l’apparition de la pression démographique.

Les Afro-Américains

La population afro-américaine n’est pas une diaspora récente, puisqu’elle date de l’époque esclavagiste qui s’est terminée avec la guerre civile américaine (1861-1865).

Elle est aujourd’hui d’environ 50 millions, et a joué un rôle culturel très important dans tout l’Occident.

En France, les  artistes noirs américains ont commencé à arriver à Paris entre les deux guerres mondiales, où ils trouvaient une ambiance beaucoup moins raciste qu’aux États-Unis. Il n’y a pas eu que Joséphine Baker. Ils y ont notamment apporté le jazz, puis ont été relayés beaucoup plus tard par les migrants nord-africains puis subsahariens.

Cette diaspora étatsunienne se veut non seulement noire mais africaine, comme on a pu le vérifier avec le succès du roman Racines (1976) décrivant la succession des générations dans les familles américaines à partir de leurs ancêtres africains. Ce roman fut adapté pour la télévision en 1977, et la série américaine Racines (Roots) a connu un véritable succès avec plus de 100 millions de téléspectateurs, soit environ la moitié de la population américaine de l’époque.

Les Afro-Américains lancent également le hip-hop à la fin des années 1970, puis le rap au début des années 1990, avec des textes de plus en plus revendicatifs : on est passé de la musique à la politique, notamment pour la défense de la communauté et des valeurs proclamées comme africaines.

Les Antillais

Ils ont également cultivé et médiatisé leurs origines africaines.

On peut citer les Jamaïcains du mouvement rastafari et le Français Aimé Césaire (1913–2008). Ce dernier, martiniquais, est un écrivain mondialement connu pour son concept de « négritude » réhabilitant la culture africaine. Et Léopold Sédar Senghor qui deviendra plus tard président du Sénégal.

Notons que ces deux hommes ont eu parallèlement une brillante carrière électorale dans le système politique français, qui n’était donc pas si fermé que certains le proclament aujourd’hui.

En France

Jusqu’à présent, la diaspora subsaharienne est relativement récente et peu nombreuse.

C’est surtout la diaspora maghrébine qui a eu une influence culturelle, particulièrement en France et en Belgique, du fait de sa francophonie. Et cette influence ne se développe pas seulement en cuisine.

Au début des années 1980, débarque le rap américain où la France aurait pris la deuxième place mondiale via les radios pirates, puis la télévision à partir de 1984. Une quinzaine d’années plus tard, MC Solaar et bien d’autres détachent le rap de son ancêtre américain, et il devient un genre littéraire où le texte est plus important que la musique.

Aujourd’hui, le rap s’est démocratisé et il est même devenu incontournable, en tête des téléchargements sur les plateformes musicales et la principale écoute des jeunes…

Dans mon domaine, je constate qu’il joue un rôle important dans la francisation linguistique de la diaspora africaine.

L’impact de la culture africaine dans le monde

L’art contemporain africain

Conséquence ou non de la démographie, de plus en plus d’artistes africains d’art contemporain sont reconnus et salués à l’échelle du continent, ou plus largement.

C’est le cas par exemple d’El Anatsui, sculpteur ghanéen qui a régulièrement exposé en Europe et sur le continent américain.

On peut aussi citer Kehinde Wiley, Afro-Américain de la côte Ouest, ou l’artiste peintre zimbabwéenne, Kudzanai-Violet Hwami, et bien d’autres.

Les biennales d’art contemporain africain se multiplient un peu partout. La plus célèbre d’entre elles est bien sûr Dak’Art, la Biennale de Dakar au Sénégal consacrée à l’art contemporain africain depuis 1996. Dans sa foulée, la Biennale du Bénin s’est mise en place à partir de 2012.

Notons aussi que la ville de Montpellier lancera en octobre de cette année une première Biennale de l’art africain.

Le monde des musées offre également une place de plus en plus large à l’art africain contemporain : citons le Musée Jacques Chirac du Quai Branly à Paris initialement dédié aux arts primitifs, et qui détient maintenant une belle collection d’art africain contemporain, ou encore le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa, au Cap, en Afrique du Sud.

Au cinéma

Enfin, les festivals du film africain fleurissent un peu partout sur le continent noir (Ouagadougou, Marrakech, Burkina Faso), mais aussi ailleurs comme par exemple à Cordoue, en Espagne, qui accueille un Festival du Film africain ou à Paris avec « L’Afrique fait son cinéma ».

Les super-héros noirs

Jusqu’il y a quelques dizaines d’années, au cinéma comme en littérature, il y avait peu de grands héros, et encore moins d’héroïnes, noirs. Ce statut était majoritairement réservé aux blancs.

Aujourd’hui, les choses ont changé. Sans être majoritaires, les héros et héroïnes noirs sont de plus en plus présents dans les films et les livres.

Le cinéma américain inspiré de l’univers des comics s’habitue à mettre en avant des super héros/héroïnes noirs : l’incontournable Black Panther, Halle Berry dans les X-Men, pour ne citer que ceux-là.

Black Panther reste l’un des  plus gros succès du box-office mondial et a rapporté 1,3 milliard de dollars de recettes, pour un budget de 200 millions de dollars.

On peut aussi constater que le cinéma français sacre davantage de vedettes d’origine africaine subsaharienne qu’auparavant : Omar Sy, Aïssa Maïga, Eriq Ebouaney, par exemple.

Les séries africaines 

Les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale financent ou cofinancent de plus en en plus de séries réalisées sur place avec des acteurs africains. Celles-ci sont largement diffusées sur le continent, mais aussi au-delà, grâce à des chaines de télévision telles que TV5, RFO ou Canal+ et grâce à Internet.

Le Nigéria est aujourd’hui le troisième centre mondial de production cinématographique après Hollywood et Bollywood en Inde.

Par exemple, Netflix produit des séries tv en Afrique (du Sud, notamment) et les diffuse largement sur sa plateforme de vidéos à la demande. Il affirme avoir investi 160 millions d’euros dans la production cinématographique en Afrique depuis 2016 (source Jeune Afrique – 12 avril 2023).

Le sport et son rôle médiatique

Il y a maintenant très longtemps que les sportifs africains ou d’origine africaine se font remarquer dans les compétitions internationales, les équipes de football de tous les pays, et dans bien d’autres disciplines.

Cela a eu un double effet : donner une image valorisante des Africains aux  autres continents, et diminuer les complexes ou les agacements des Africains qui se sentent défavorisés sur le plan économique et militaire.

Il est probable que ce poids de l’Afrique dans le sport va augmenter, d’une part pour des raisons démographiques (en 2050, un jeune sur trois sera africain) ; et d’autre part, parce qu’il est maintenant reconnu comme un moyen de développement, notamment par les Nations unies.

Le financement des sports nationaux va donc augmenter, et avec lui le nombre des sportifs de haut niveau.

On sait combien les rencontres sportives sont médiatisées et les sportifs mis en valeur par les médias. La présence africaine se diffuse donc par les images et retransmissions sportives des athlètes africains.

Par ailleurs, si l’Afrique demeure extrêmement en retard sur le plan économique, et que les guerres civiles bloquent le développement d’une grande partie de ces pays, il y a aussi des bonnes nouvelles, en particulier dans le domaine numérique.

Le tournant du numérique et les perspectives de développement

Le téléphone portable

Il a fait faire un grand bond en Afrique, subsaharienne surtout.

En effet, beaucoup de services de base (médecins, banques, clients pour la production locale) n’étant pas présents sur place, cet outil s’est révélé beaucoup plus nécessaire que dans les pays du Nord, d’où sa diffusion rapide, malgré les grandes imperfections des réseaux.

Ensuite, un foisonnement d’applications est apparu, par exemple en matière de paiement à distance.

Plus tard encore, les startups d’usage du numérique se sont multipliées. L’Afrique a donc sauté plusieurs étapes du développement, comme c’est le cas en général dans les rattrapages, et notamment en Chine.

C’est le Kenya qui a d’abord été en pointe, mais le mouvement s’est généralisé, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

L’Afrique, future place technologique majeure ?

Dans son rapport annuel sur le développement économique de l’Afrique, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime dans son rapport 2023 que le continent a une opportunité historique de s’inviter dans les chaînes d’approvisionnement technologiques mondiales, qu’il s’agisse de l’automobile, de la téléphonie, du photovoltaïque…

Elle recommande par ailleurs d’attirer des investisseurs étrangers pour mettre en place les infrastructures nécessaires à la transformation des matières premières brutes issues des sous-sols.

Cela suppose bien sûr des progrès en matière de sécurité.

Des atouts à ne pas gaspiller

Le sous-sol africain est très riche, ce qui a attiré jusqu’à présent les prédateurs russes, chinois… et africains. Il est encore aujourd’hui la cause de guerres civiles.

L’Afrique recèle en effet une petite moitié des réserves mondiales de cobalt et de manganèse, notamment nécessaires à la fabrication de batteries. Elle est également riche en argent, titane, nickel, lithium, graphite… Et en pétrole et gaz qu’elle entend développer, malgré le changement climatique.

Sur ce dernier point, on peut résumer les réactions africaines par : « Vous, gens du Nord, vous avez bourré l’atmosphère de CO2, et vous voulez qu’on cesse d’exploiter le pétrole sous nos pieds, alors que nous manquons d’argent et d’électricité ? Laissez-nous nous développer, et on verra après ».

Par ailleurs, si la démographie est actuellement une lourde charge, elle devrait théoriquement être un atout par le grand marché qui va s’offrir aux investisseurs étrangers.

Dans leur époque de croissance rapide, le Japon, la Corée ou la Chine ont largement profité de leur boom démographique d’alors. Mais les industriels, africains ou non, s’interrogent sur leur sécurité et les risques de détournements.

L’insécurité et la montée des dictatures

Nous retombons sans cesse sur le plus grand des obstacles au développement de l’Afrique : l’insécurité physique (guerres civiles, banditisme, enlèvements…), et juridique (un étranger sera-t-il jugé équitablement, pourra-t-il poursuivre un mauvais payeur proche du gouvernement ?)

Cette insécurité pèse d’abord sur la population locale, et l’exaspération qui en découle mène au pouvoir des dictateurs, dont le règne est souvent plus catastrophique que les gouvernements civils qu’ils remplacent. On vient de le voir au Niger, qui était auparavant une démocratie relativement efficace.

L’africanisation du monde est comprise comme une menace pour la sécurité, tant sur place que partout dans le monde du fait des diasporas. C’est un problème réel et important qui nuit à l’image de l’Afrique.

Il faut cependant rappeler que ce n’est pas un phénomène spécifiquement africain, mais mondial. Dans le monde entier, la violence et le non-respect des règles gagnent du terrain.

Par exemple, en Europe c’est l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Un autre exemple est le pourrissement du Mexique par des gangs, ou encore le poids de plus en plus important dans les pays occidentaux de mafias non africaines.

Conclusion

L’africanisation du monde est un fait.

Inutile de le craindre ou de s’en féliciter. Il faut l’analyser et en tirer des conséquences géopolitiques.

C’est apparemment ce qu’essaie de faire la Chine, en étendant l’association des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à de nouveaux membres, notamment africains. Pour l’instant, elle se borne à jouer au G7 en paradant sur une photo officielle.

Je suis un peu sceptique sur son efficacité opérationnelle en voyant la grande hétérogénéité de ce groupe en matière de développement et de comportement géopolitique. Et surtout en voyant les rivalités qui le divisent, dont celle entre la Chine et l’Inde. Certains l’ont même qualifié de machine à laver pour (la réputation des) dictateurs.

Un mouvement totalement différent me semble avoir davantage d’avenir : les mouvements de femmes africaines qui pourraient à long terme faire évoluer l’autorité patriarcale, conservatrice et machiste qui plombe tellement l’Afrique et de nombreux autres pays.

Par :Yves Montenay

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