Chaque fois qu’un État tente de reprendre la maîtrise de ses ressources stratégiques et de s’affranchir de la domination monétaire internationale, il devient soudain une menace à abattre.Prenons le cas de l’Irak.En l’an 2000, Saddam Hussein prend une décision qui ébranle l’ordre financier mondial : l’Irak ne vendra plus son pétrole en dollars américains, mais en euros. L’objectif est clair : faire en sorte que la richesse pétrolière irakienne profite d’abord au peuple irakien.Trois ans plus tard, en 2003, l’Irak est envahi par les États-Unis et leurs alliés. Le prétexte avancé est la détention d’armes de destruction massive. Ces armes ne seront jamais retrouvées. En revanche, un fait est indéniable : après l’invasion, le pétrole irakien réintègre le marché international… et il est de nouveau vendu exclusivement en dollars.La Libye.

En 2009, Mouammar Kadhafi lance un projet audacieux et visionnaire : la création d’une monnaie africaine unique, le dinar-or, adossée aux réserves d’or et de pétrole du continent. L’ambition était simple mais révolutionnaire : permettre aux pays africains d’échanger entre eux sans passer par le dollar américain ni par le franc CFA.En 2011, sous couvert de « protection des civils », une coalition de l’OTAN intervient militairement. Le régime est renversé, Kadhafi est assassiné dans des conditions atroces, et son projet monétaire disparaît aussitôt, enseveli dans le silence.La Syrie.

En 2018, la Syrie envisage un vaste projet de pipeline gazier avec l’Iran, destiné à contourner les circuits énergétiques contrôlés par les puissances de l’OTAN. Le pays étudie également son adhésion à de nouveaux systèmes de paiement internationaux promus par la Russie et la Chine, conçus pour échapper au système bancaire occidental.Depuis, la Syrie est plongée dans une guerre dévastatrice. Son économie, ses infrastructures énergétiques et son tissu social ont été méthodiquement détruits.Quatrième cas : le Venezuela.

Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, plus de 300 milliards de barils. Asphyxié par des sanctions économiques sévères, le pays a commencé à vendre son pétrole en yuans chinois et contre de l’or, en contournant le système du dollar. Depuis, il subit une pression politique, économique et militaire constante.Quel est le point commun entre l’Irak, la Libye, la Syrie et le Venezuela ?Ce n’est pas la nature de leurs régimes politiques — car d’autres dictatures, pourtant tout aussi répressives, bénéficient du soutien occidental.Le véritable dénominateur commun est ailleurs : tous ont, à un moment donné, tenté de se libérer du dollar comme monnaie obligatoire pour la vente de leurs ressources stratégiques — pétrole, gaz ou autres richesses vitales.La méthode employée par les grandes puissances est presque toujours la même.

D’abord, des sanctions économiques pour isoler le pays et affamer sa population.Ensuite, le soutien financier, politique et médiatique à des forces internes afin de semer la division et le chaos.Enfin, lorsque l’État est suffisamment affaibli, l’intervention militaire survient, habillée de nobles slogans : « défense de la démocratie », « protection des populations », ou « lutte contre le terrorisme ».L’issue, elle, ne change jamais : les ressources naturelles retournent sous le contrôle des marchés internationaux… et sont à nouveau vendues en dollars.Et l’Afrique dans tout cela ?Pour l’Afrique, l’instrument de domination porte un nom : le franc CFA.La moitié des réserves de change des quatorze pays utilisateurs de cette monnaie est déposée au Trésor public français, à Paris.

Autrement dit, ces États ne disposent pas d’un contrôle total sur leur propre épargne nationale.Un représentant de l’État français siège de droit dans les conseils d’administration de la BCEAO et de la BEAC, avec un pouvoir de veto sur les décisions monétaires.La valeur du franc CFA est strictement arrimée à l’euro — 1 euro pour 655,957 francs CFA — une parité décidée hors d’Afrique, au bénéfice prioritaire des économies européennes.Le franc CFA n’est donc pas une véritable monnaie africaine.Il constitue un instrument de contrôle économique, un héritage du système colonial, qui entrave toute politique monétaire indépendante, freine l’industrialisation et empêche l’émergence d’une souveraineté économique réelle. Il entretient une dépendance savamment organisée.Une question devrait nous inquiéter :Que se passerait-il si, demain, un pays comme le Congo décidait de vendre son cobalt, dont il détient près de 70 % des réserves mondiales, uniquement en yuans ou en échange d’infrastructures sociales, sans passer par les circuits financiers occidentaux ?Ou si des pays africains fournisseurs d’uranium exigeaient un paiement en or physique plutôt qu’en devises contrôlées de l’extérieur ?????L’histoire de l’Irak, de la Libye, de la Syrie et du Venezuela nous offre déjà la réponse.Face à cette réalité, une seule voie s’impose à l’Afrique : l’unité.Une unité politique, économique et monétaire, sans laquelle toute tentative d’émancipation restera isolée, fragile et sévèrement réprimée.

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