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Le phénomène est sans précédent ! Il se déroule sous nos yeux, au Niger. Depuis une décennie, le pays est entré dans une phase de régression historique. À quelques différences près, il tend à redevenir le territoire militaire qu’il a été entre 1900 et 1921, avant d’être une colonie en 1922.Les bases militaires étrangères s’y installent et se multiplient. Les effectifs augmentent par l’apport de troupes venues de Barkhane et de Sabre congédiés du Mali et du Burkina , mais aussi par des contingents venus de plusieurs pays membres de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Tout mot autre qu’occupation pour désigner cette situation serait un ou euphémisme ou un mensonge.Cette situation, pour le moins alarmante, requiert l’attention pressante de tous les Nigériens, sans distinction aucune. Elle appelle le dépassement de tous les clivages : politiques, ethniques, économiques et sociaux, pour une union sacrée en vue de sauver l’essentiel : la patrie.Mais que constate-t-on avec sidération ?Une propension générale à l’extraversion !La majorité au pouvoir travaille plus à la protection des intérêts étrangers qu’à la satisfaction des intérêts domestiques. L’opposition politique qui ne dit rien, consent et confirme l’adage bien connu.Les intellectuels, prompts à disserter sur des questions extra nationales, font peu de cas des difficultés nationales. Ils sont enthousiastes et brillants dans l’analyse et la résolution des problèmes des autres, mais apathiques et ternes face aux problèmes de leurs pays.Pour nos politiciens et nos intellectuels, le Burkina Faso et le Mali servent tantôt de prétexte pour ne pas s’occuper de leurs problèmes, tantôt de boucs émissaires auxquels ils font porter leurs torts, leurs fautes, leurs incapacités ou leurs responsabilités.On s’empressera de me dire que tel homme politique, tel intellectuel ou tel parti politique se comportent différemment. On aura alors énoncé l’exception qui confirme la règle.Quant au plus grand nombre, transporté par un élan défaitisme, il attend du ciel la résolution d’un problème terrestre, ignorant le précepte divin selon lequel Allah ne change point l’état d’un peuple qui n’a pas entrepris de changer lui-même sa condition.Le territoire du Niger est militairement sous commandement euro-américain, comme il l’était il y a un siècle, sous commandement français.Jamais, au cours de leur histoire, les Nigériens n’ont fait face à de si grandes responsabilités : responsables envers eux mêmes, envers leur pays et envers les autres, mises en évidence dans le questionnement qui suit.Que voulons-nous, pour nous-mêmes, pour notre pays, pour notre progéniture, notre jeunesse, pour les générations qui viendront après nous, et quel héritera nous leur laisserons ?Poursuivrons-nous la régression historique jusqu’à la colonisation ? Accepterons-nous que le Niger soit la tête de pont de la reconquête coloniale, le lieu à partir duquel se conçoivent les stratégies de déstabilisation et d’annexion des pays voisins ?Sommes nous naïfs au point de ne pas comprendre qu’accueillir l’ennemi chassé des terres de nos voisins est acte inamical, une porte ouverte à la volonté vengeresse de la puissance congédiée, en même temps qu’une incitation à la destruction de pays frères ?Serons-nous candides au point de croire que ceux qui ont mis nos ancêtres dans les fers, ceux qui les ont tenus sous le joug de la colonisation, et qui, aujourd’hui encore, du haut de leur complexe de supériorité infantilise et méprise notre race, nous épargnerons nous Nigériens, parce contre nos frères semblables, contre les intérêts de nos peuples et ceux de notre continent, nous leur avons accordé l’hospitalité, et avons mis nos terres à leur disposition, afin qu’ils accomplissent leurs funestes desseins ?Accepterons nous, d’être jetés dans les périphéries de la grande histoire, et que soit inscrit pour l’éternité dans les annales, que le Niger a été dans le mouvement de la libération du continent, l’empêcheur de tourner en rond ?Les enjeux sont clairs et distincts. Nul ne peut se prévaloir de son ignorance. Si nous choisissions la servitude ce sera en connaissance de cause. Si nous optons pour la liberté, ce sera encore en connaissance de cause.

Farmo M.

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