Le Cameroun est-il devenu un pays sous haute tension ? (édito)

 

Editorial – Par Michel Lobé Etamé

Les conclusions du dialogue national proposé par le président Biya pour mettre fin à la crise anglophone en cours sont confrontées au réveil des consciences dans son propre camp. C’est ainsi qu’un de ses membres influents, le Sultan Mbombo Njoya, s’est autorisé de proposer un plan pour sortir d’une crise dont l’issue risque de fragiliser le pouvoir en place et ouvrir une nouvelle ère de démocratie appelée de tous les vœux par les camerounais.   

Pour le Sultan Mbombo Njoya, le Cameroun peut sortir de la crise actuelle en prenant de bonnes résolutions. Parmi celles-ci, il cite l’alternance politique par des élections libres et démocratiques, une nouvelle constitution, un mandat présidentiel de cinq années renouvelable une seule fois, des élections présidentielles à deux tours, etc.

Le tollé provoqué par le projet du Sultan Mbombo Njoya dans son propre camp est une preuve de l’obscurantisme du RDPC, le parti-État au pouvoir qui continue à multiplier des entorses au droit individuel du citoyen. L’opposition ne peut ni défiler, ni organiser des conférences-débats qui rempliraient des salles pour réveiller les consciences.   

Le Sultan Mbombo Njoya, fidèle serviteur de Paul Biya, a la sagesse de réveiller un peuple infantilisé et qui n’est plus capable de prendre son destin en main.

Le récent « Dialogue National » n’a pas calmé les esprits. Il semble au contraire provoquer des incompréhensions et des remous que le pouvoir semble étouffer. L’impuissance du gouvernement est ainsi devenue une des composantes majeures de la crise que traverse le Cameroun.  Face à cette évidence, Maurice Kamto se retrouve sur un terrain balisé qui lui offre une tribune de choix. Il peut dénoncer à loisir les errements d’un pouvoir autocratique à court de solution.

Une solution militaire sans effet

Le Cameroun est devenu un pays sous haute tension qui doit gérer deux guerres. Le dialogue national initié n’a résolu aucun problème. La politique du pire continue et elle risque de plonger le Cameroun dans les abimes que nous redoutons. Le pouvoir a choisi la manière forte pour mettre fin aux revendications des sécessionnistes. Cette solution a des limites face à la détermination des bataillons anglophones. Une guerre fratricide va laisser des traces indélébiles. Le gouvernement en portera la responsabilité car le courage de l’autre camp ne faiblit pas.
La détermination des sécessionnistes est désormais confortée par le gouvernement américain qui vient d’exclure le Cameroun de l’Agoa (Loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique). HRW (Human Rights Watch), une ONG influente, appelle également les partenaires internationaux à accroitre leur pression sur le Cameroun suite aux violations systématiques des droits de l’homme dans le pays.
Le Cameroun est devenu de facto un pays sous haute tension. Dans ce contexte, et face à un futur imprévisible, l’opposition politique est privée de tous ses droits.
En l’état actuel, le dialogue national est un cuisant échec. Il ne préconise rien qui puisse décanter la crispation générale du citoyen où la faim, la pauvreté et la mauvaise gouvernance n’adhèrent plus personne. Le mensonge, l’injustice et l’incompétence ont des limites. Le temps ne saurait les prolonger. L’état de grâce est un cycle qui a profité à tort à Paul Biya. Aujourd’hui, le peuple ne peut plus lui accorder un blanc-seing.  L’usure du pouvoir et l’âge ont eu raison de l’homme lion qui a perdu sa crinière.

Vers un nouveau dialogue ?

Le pouvoir Biya est en panne de solution. La politique du pourrissement a aussi ses limites. Il est urgent de proposer des solutions au marasme actuel. Le projet du Sultan Mbombo Noya trouve ici une opportunité à saisir. L’opposition et la société civile ont devant eux un champ en friche et un outil de travail. Pour cela, elles doivent initier des tribunes communes pour dialoguer et parvenir à un accord. Le bal qui va s’ouvrir verra défiler des trahisons et des espoirs. La vie est ainsi faite. Mais il faudra séparer le bon grain de l’ivraie. C’est à cette tâche que devrait s’atteler tous ceux qui aiment le Cameroun et qui pourront changer son destin pour un avenir meilleur.

Paul Biya, champion de la politique du pire n’acceptera jamais un nouveau dialogue. Ce serait de sa part un aveu d’échec. Ce travail long et fastidieux incombe à une opposition responsable et à la société civile enfin démarquée.  

Peu importe le nom qu’on lui donnera. Les camerounais ont besoin de se parler pour sortir de la guerre fratricide qui les déchire. Le pays est sous haute tension. Ce climat n’est pas bon pour l’investissement étranger dont nous ne pouvons-nous priver. À l’heure actuelle, le Cameroun navigue à vue. Il est temps d’unir ses forces pour relever les grands défis économiques et sécuritaires qui plombent son développement auxquels s’ajoutent une corruption galopante et un tribalisme éhonté.

 

Par Michel Lobé Etamé

Journaliste

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