Le triomphe de Mary Malahlela.
Au cours de la première moitié du XXe siècle, l’Afrique du Sud met méthodiquement en place les structures raciales et législatives strictes qui donneront naissance au régime brutal de l’Apartheid. La minorité blanche contrôle l’accès aux universités d’élite, et les lois de ségrégation interdisent hermétiquement aux populations noires, et en particulier aux femmes, d’accéder aux études de médecine de haut niveau. Devenir chirurgien ou clinicien est un privilège d’État réservé aux Blancs. Face à ce mur institutionnel et à un destin tout tracé de travailleuse domestique, une jeune femme va s’élever par sa seule puissance intellectuelle et une logique scientifique supérieure : Mary Susan Makobatjatji Malahlela. Née en 1916 dans le Transvaal, elle est issue d’une famille chrétienne qui refuse de plier devant la soumission coloniale. Grâce à une bourse d’études d’élite et à une force mentale d’acier, elle intègre l’Université du Witwatersrand à Johannesburg.
Son coup de génie consiste à conquérir le cœur de la biologie médicale pour détruire les préjugés scientifiques sur l’infériorité supposée des populations afro-descendantes. En 1947, elle réalise un exploit académique historique planétaire : elle sort diplômée avec les honneurs et devient la toute première femme noire de l’histoire de l’Afrique du Sud à décrocher son diplôme officiel de Docteur en médecine (M.B., Ch.B.). Elle brise ainsi l’un des plafonds de verre les plus hermétiques de la science occidentale à la veille même de l’officialisation de l’Apartheid par le gouvernement nationaliste en 1948.Médecin et logisticienne de crise de premier plan, elle refuse de fuir son pays et choisit de mettre sa science au service des plus démunis. La docteure Malahlela s’installe à Kliptown, puis à Soweto, devenant la toute première femme noire à ouvrir un cabinet médical privé dans ces immenses townships ségrégués.
Elle y déploie une force de travail phénoménale, luttant de manière chirurgicale contre les épidémies de tuberculose, la malnutrition infantile et standardisant les soins de santé primaires pour les familles ouvrières noires privées d’accès aux hôpitaux blancs. En 1955, elle est présente au cœur de Kliptown lorsque les mouvements de libération rédigent la mythique Charte de la liberté, apportant son autorité morale et scientifique au combat pour les droits civiques.D’une dignité éthique absolue, elle utilise son immense prestige pour cofonder le Conseil de direction de l’Université de Fort Hare et s’engager au sein de la Croix-Rouge, luttant sans relâche pour propulser les jeunes filles des minorités vers les carrières scientifiques (STEM). Elle subit les humiliations quotidiennes des lois de ségrégation spatiale sans jamais dévier de sa ligne médicale et éthique, soignant les corps et restaurant la dignité de tout son peuple.Lorsqu’elle s’éteint en mai 1981 à l’âge de 65 ans, victime d’un infarctus alors qu’elle travaillait bénévolement pour soigner des enfants déshérités, elle laisse derrière elle l’héritage d’une bâtisseuse d’exception.
En 2015, le président de l’Afrique du Sud lui a décerné à titre posthume la prestigieuse Ordre de Baobab en argent, la plus haute distinction civile du pays pour son excellence scientifique et son dévouement médical. Son parcours prouve aux jeunes générations que la maîtrise des sciences de la vie, la rigueur universitaire et l’amour inconditionnel de sa communauté sont des armes éternelles face à la tyrannie.Vous connaissiez l’histoire de la Docteure Mary Susan Malahlela, la première femme médecin noire d’Afrique du Sud qui a ouvert son cabinet à Soweto pour soigner son peuple malgré l’Apartheid ? Venez célébrer son génie en commentaire !
La Rédaction















