(Le triomphe de Jacqueline Ki-Zerbo)

Au milieu du XXe siècle, l’Afrique de l’Ouest francophone est soumise au blocus intellectuel de l’administration coloniale. Les jeunes filles africaines sont massivement exclues des circuits de l’éducation supérieure, le pouvoir confinant les femmes aux tâches domestiques ou agricoles privées de droits civiques. Face à ce double mur du racisme et du patriarcat d’État, une femme va s’élever par sa seule puissance intellectuelle et son génie de l’organisation collective : Jacqueline Ki-Zerbo (née Jacqueline Coulibaly). Née en 1933 au Mali (alors Soudan français), elle possède une force mentale et des capacités académiques hors du commun. Elle réalise un exploit rare pour son époque en poursuivant de hautes études de lettres à Paris, forgeant une discipline de fer et un esprit critique supérieur.Son coup de génie consiste à utiliser le syndicalisme enseignant et l’éducation populaire pour saboter la propagande coloniale et organiser la souveraineté. De retour en Afrique, elle s’installe en Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso) avec son époux, l’éminent historien Joseph Ki-Zerbo. Très habile logisticienne, elle prend la direction du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta. En 1958, lors du passage historique du général de Gaulle pour imposer le référendum constitutionnel de la Communauté française, Jacqueline Ki-Zerbo réalise un exploit politique : elle orchestre la mobilisation clandestine des femmes et des intellectuels pour mener une campagne intense en faveur du “NON” au colonialisme. Elle refuse fermement d’abdiquer sa liberté d’esprit face aux menaces de l’armée française.Chercheuse et pédagogue prolifique, elle cofonde le Centre d’études pour le développement africain et prend la direction de revues d’avant-garde comme Tam-Tam.

Elle consacre sa vie à une œuvre structurelle monumentale : concevoir et rédiger les tout premiers manuels scolaires d’histoire et de littérature entièrement écrits d’un point de vue africain, arrachant la jeunesse à l’aliénation des manuels de la métropole. Elle combat sans relâche pour l’alphabétisation des femmes rurales, créant des centres de formation autonomes et démontrant de manière chirurgicale que l’instruction des filles est le moteur indispensable de l’économie d’une nation.Bravant les coups d’État militaires successifs et la censure des régimes autoritaires postcoloniaux du XXe siècle qui l’exilent à plusieurs reprises, elle conserve une dignité éthique et une droiture absolue, refusant de signer la moindre lettre de soumission idéologique pour acheter son confort personnel.Lorsqu’elle s’éteint en 2015 à l’âge de 82 ans, elle laisse derrière elle l’héritage d’une bâtisseuse d’exception. Aujourd’hui célébrée par les institutions académiques d’Afrique de l’Ouest, son parcours prouve aux jeunes générations que la maîtrise absolue du savoir, la rigueur de l’organisation syndicale et le refus de la capitulation intellectuelle sont les seules armes capables de libérer un peuple.Vous connaissiez l’histoire de la Docteure Jacqueline Ki-Zerbo, la force tranquille de l’éducation qui a écrit les premiers manuels scolaires africains pour détruire la propagande coloniale ? Venez honorer son génie en commentaire !

La Rédaction

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