(écrits)

Jacky Moiffo n’est pas simplement un « journaliste Franco-camerounais de la diaspora ». C’est une personnalité médiatique assez engagée, parfois très polémique, mais dont l’étiquette politique est moins simple qu’on pourrait le croire.

1. D’abord, son parcours personnel explique beaucoup de choses

Moiffo quitte le Cameroun à la fin des années 1990 et arrive en France après un parcours migratoire difficile passant notamment par le Gabon. Il raconte avoir été confronté aux passeurs, aux violences, au racket et à des conditions de vie très précaires à son arrivée. EEditions L’Harmattan+1

Cette expérience devient fondamentale dans son identité publique.

Son petit frère Félix a ensuite tenté à son tour de rejoindre l’Europe par la Libye. Selon le récit publié par Moiffo, Félix a été enlevé par des passeurs, vendu à plusieurs reprises et réduit en esclavage. Une rançon aurait été versée, sans permettre de le retrouver. C’est le sujet de son livre Ils ont vendu mon frère, publié en 2018, et de plusieurs interventions médiatiques, notamment sur France 24. EEditions L’Harmattan+1

Cela permet de comprendre pourquoi les questions d’immigration, de racisme, de dignité africaine et de rapport entre l’Afrique et l’Europe sont aussi présentes dans son discours.

2. JMTV+ est devenu son véritable instrument d’influence

Après avoir travaillé notamment pour Yvelines Première, Direct8/CNews, VoxAfrica à Londres et comme correspondant de Gabon Télévision en France, il lance JMTV+, qu’il présente comme une web-TV dont il est le promoteur depuis 2018. JJmtv Plus

JMTV+

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Son émission politique « Le Bœuf politique » reçoit des personnalités de sensibilités très différentes :Jacques Cheminade,Antoine Glaser, Maurice Kamto, Jean-Marie Bockel,Cabral Libii, Patrice Finel,Akere Muna, Elsa Faussillon, Me Charrière-Bournazel,Jean Ping, Christian Penda Ekoka,Me William Bourdon…etc mais également des personnalités qui ne sont pas dans l’opposition radicale. CCl2p+2

Donc, je ne le décrirais pas comme « le journaliste de Maurice Kamto » ou comme un militant officiellement rattaché au MRC. Ce serait aller trop loin.

En revanche, la ligne éditoriale de JMTV+ est clairement beaucoup plus critique envers le pouvoir de Yaoundé que ne le sont les médias camerounais proches du régime.

3. Sa position vis-à-vis de Paul Biya est probablement le point le plus important

Il faut distinguer ici Jacky Moiffo personnellement des textes et invités diffusés par JMTV+.

Mais quand on regarde les contenus de la plateforme, le constat est assez net : JMTV+ donne régulièrement la parole à des critiques très sévères du régime Biya.

On trouve par exemple des contenus dénonçant le « déficit démocratique » au Cameroun, critiquant la gouvernance de Paul Biya et demandant notamment la réintégration de Maurice Kamto dans la course présidentielle de 2025. JJmtv Plus

D’autres émissions abordent frontalement le fonctionnement du régime, la corruption, le rôle de la France ou la succession politique. En 2020, JMTV+ recevait par exemple Franklin Nyamsi dans une émission très critique de la gestion de Paul Biya pendant la crise du Covid-19. JJmtv Plus

Et la ligne est encore visible aujourd’hui : en 2026, JMTV+ continue de publier des contenus sur le MRC, le RDPC, les « Biyaïstes », la Françafrique et les rapports de pouvoir au Cameroun. JJmtv Plus

Donc oui : son média est clairement critique du système Biya.

Mais cela ne signifie pas automatiquement que Moiffo est un militant de Kamto.

4. Son autre grand combat : le tribalisme camerounais

C’est probablement le sujet qui permet le mieux de comprendre pourquoi il est parfois très controversé.

Moiffo revendique une origine bamiléké et s’est particulièrement intéressé à ce qu’il considère comme la discrimination historique des Bamiléké au Cameroun.

JMTV+ a consacré énormément de contenu à la question du tribalisme, notamment à la relation entre Bamiléké, Bëti/Bulu et pouvoir politique. On trouve par exemple une série intitulée « Les Camerounais détestent les Bamiléké, pourquoi ? », qui aborde directement cette question. JJmtv Plus+1

Mais attention à quelque chose d’important : les textes publiés sur JMTV+ ne sont pas nécessairement écrits par Moiffo lui-même. Certains sont signés par des auteurs ou intervenants extérieurs. Il serait donc incorrect de lui attribuer chaque affirmation publiée par son média.

En revanche, son choix éditorial de donner une place importante à ces sujets est incontestable.

Et c’est là qu’il peut être perçu de deux manières opposées :

  • pour certains Camerounais, il dénonce courageusement un véritable problème de discrimination anti-Bamiléké ;
  • pour d’autres, il accentue lui-même la lecture ethnique de la politique camerounaise.

C’est une des raisons pour lesquelles son nom suscite parfois des réactions assez vives.

5. Il n’est pourtant pas simplement « pro-Bamiléké »

C’est une nuance importante.

Certains contenus publiés sur JMTV+ critiquent aussi les comportements communautaires bamiléké, notamment le repli identitaire, la solidarité communautaire excessive ou les conflits fonciers.

Autrement dit, la ligne que l’on peut dégager est plutôt :

« Il faut dénoncer la discrimination contre les Bamiléké, mais aussi combattre le tribalisme bamiléké et celui des autres communautés. »

C’est beaucoup plus complexe qu’une simple défense communautaire.

Il faut d’ailleurs noter qu’en 2026 JMTV+ continue de consacrer beaucoup de contenu à l’histoire et à la culture bamiléké, aux rois bamiléké de la diaspora et à la mémoire des violences coloniales. JJmtv Plus+1

6. Et son rapport au pouvoir camerounais ?

C’est probablement là que je serais le plus prudent.

Je n’ai trouvé aucune preuve solide permettant de dire que Jacky Moiffo est un « agent du pouvoir camerounais » ou, inversement, qu’il serait un militant officiel de l’opposition.

Son parcours public montre plutôt quelque chose de plus ambigu : il conserve des accès et des relations avec des personnes appartenant à différents univers politiques.

Un exemple très récent est particulièrement révélateur : le 14 septembre 2026, l’ambassadeur du Cameroun en France, André-Magnus Ekoumou, a reçu Jacky Moiffo à son cabinet et l’a félicité pour son nouvel album sous son nom d’artiste, Jacky M. JJmtv Plus+1

Cela ne prouve évidemment aucune proximité politique particulière. Mais cela montre qu’il n’est pas totalement coupé des milieux officiels camerounais.

Et c’est assez cohérent avec sa manière de fonctionner : il peut interviewer quelqu’un de l’opposition un jour, recevoir une personnalité plus proche du pouvoir à un autre moment, puis publier un contenu très critique du régime.

C’est davantage un média d’influence et de débat qu’un organe officiel d’un parti.

7. Une controverse beaucoup plus concrète : l’affaire Liyeplimal

C’est un épisode qu’il faut absolument connaître si vous cherchez à comprendre pourquoi son nom est parfois associé à des polémiques.

Dans l’affaire Liyeplimal, le système d’investissement lié à Émile Parfait Simb, le nom de Jacky Moiffo est apparu dans une plainte déposée aux États-Unis par des souscripteurs. Il figurait parmi plusieurs personnes poursuivies ou citées dans cette procédure. CCorbeau Centrafrique+1

Mais il est essentiel de ne pas transformer cette information en accusation de culpabilité.

Moiffo a lui-même publié une réponse intitulée « Liyeplimal : acculé & faussement accusé, Jacky Moiffo donne sa version des faits », contestant les accusations portées contre lui. JJmtv Plus

Il y a ensuite eu une autre affaire judiciaire avec l’entrepreneur Philippe Simo. Moiffo l’avait poursuivi en diffamation. En octobre 2022, la procédure n’a finalement pas donné lieu à un jugement sur le fond : selon le communiqué de JMTV+, la citation a été annulée pour une question de procédure liée à la représentation par l’avocat. Moiffo précisait qu’il n’y avait donc ni condamnation ni relaxe. JJmtv Plus

C’est un très bon exemple de la nécessité de distinguer :

8. Il a également eu des conflits avec d’autres médias camerounais

En 2018, Moiffo a accusé Afrique Média,Canal2, Equinox TV , et surtout Vision 4,la télévision privée camerounaise dirigée alors par Ernest Obama, d’avoir diffusé ses productions sans autorisation et a demandé que ses droits soient respectés. AActu Cameroun

Ce conflit est intéressant parce que Vision 4 était alors souvent perçue comme proche du pouvoir.

Cela renforce l’impression d’un Moiffo qui cherche à défendre son indépendance et ses productions, parfois assez frontalement.

9. Alors, politiquement, où le placer ?

Si je devais dresser une « carte idéologique » de Jacky Moiffo à partir de ses productions publiques, je la résumerais ainsi :

QuestionCe que son activité publique laisse apparaître
Paul Biya / régimeTrès critique
Maurice KamtoPlateforme très ouverte, mais pas de preuve suffisante d’une appartenance au MRC
RDPCSouvent critiqué
France / FrançafriqueTrès critique
Souveraineté africaineTrès favorable
ColonialismeCritique très forte
Tribalisme anti-BamilékéCombat important
Tribalisme en généralCritique également
Diaspora camerounaiseTrès importante dans son travail
Médias traditionnelsVolonté d’indépendance, parfois conflictuelle
Pouvoir camerounaisPas de rupture absolue : il conserve des interactions avec des représentants officiels

Cette lecture est une analyse de sa production publique, pas une déclaration de Jacky Moiffo disant « je suis de telle tendance politique ».

10. Pourquoi est-il donc « controversé » ?

À mon sens, pour quatre raisons principales :

  1. Il parle très directement. Son style est beaucoup plus militant et polémique que celui d’un journaliste de télévision classique.
  2. Il mélange journalisme, commentaire et éditorial. Sur JMTV+, on trouve des interviews, mais aussi des textes d’opinion, des tribunes et des contenus historiques très engagés.
  3. Il touche aux deux nerfs à vif du Cameroun : le pouvoir et l’ethnie. Critiquer le régime Biya est déjà sensible ; parler de la domination supposée de certains groupes et de la discrimination anti-Bamiléké l’est encore davantage.
  4. Il n’hésite pas à entrer lui-même dans les conflits. L’affaire Vision 4, l’affaire Philippe Simo et les polémiques autour de Liyeplimal illustrent ce côté très combatif. AActu Cameroun+1

Mon appréciation, en une phrase

Jacky Moiffo me paraît moins être un « homme politique déguisé en journaliste » qu’un journaliste devenu progressivement un acteur d’influence politique et culturelle de la diaspora camerounaise.

Il est nettement critique du régime Biya, très sensible aux questions de souveraineté africaine et de Françafrique, particulièrement attentif à la question bamiléké, mais il garde une logique de plateforme ouverte plutôt que d’adhésion publique à un parti.

Et c’est précisément cette position hybride — journaliste + entrepreneur média + éditorialiste + personnalité de la diaspora + artiste — qui le rend à la fois intéressant et controversé.

Si vous voulez aller encore plus loin, je peux faire quelque chose d’assez intéressant.

Source: I.A

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