(écrits)
Afrique Adieu” est le titre d’un livre publié en France par Mareuil Editions, le 28/03/2024 par Jean-Pierre Augé, qui a été pendant près de 20 ans, au ” SR/N “, le secteur Afrique noire de la DGSE, un département opérationnel des services secrets français.
Voici ce que raconte la 4ème de couverture de ce livre :
Dans “Afrique adieu”, Jean-Pierre Augé raconte l’action secrète de la France dans ses anciennes colonies africaines où recrutements et manipulations de sources humaines clandestines sont le lot commun du métier pour recueillir le renseignement à haute valeur ajoutée.
Tour à tour officier de liaison auprès des autorités nigériennes lors de la rébellion touarègue, conseiller spécial du président tchadien Idriss Déby, chargé de mission à la présidence ivoirienne sous les mandats d’Henri Konan Bédié, du général putschiste Robert Gueï sans oublier Laurent Gbagbo, le colonel Augé a été durant toutes ces années un témoin du premier plan de l’évolution hors norme qu’a connu le continent africain.
Source : https://www.fnac.com/a19340089/Jean-Pierre-Auge-Afrique-Adieu
CE QUE JE PENSE
Ce qui m’a le plus frappé dans ce livre publié le 28/03/2024, c’est-à-dire après le coup d’État du Niger, c’est une information qu’il va confirmer lors d’une interview sur la chaîne de radio Radio France Internationale (RFI) où il est surpris que Macron s’étonne du fait que le renseignement français n’a pas été en mesure d’anticiper les trois coups d’État, au Mali, au Burkina et au Niger.
Soit dans le livre, que dans l’interview, Augé dit qu’en Afrique, les coups d’État sont inévitables. Ce qu’on ne sait pas, c’est quand ça aura lieu, parce que souvent les militaires qui font un coup d’État, le décident la veille. Dans ces conditions, ce qui intéresse le renseignement français n’est pas le coup d’État lui-même, mais gérer l’après.
Et c’est dans ce après qu’il dénote la grande naïveté des putschistes qui fait que rarement en Afrique, ceux qui font les coups d’État ne restent pas longtemps au pouvoir, si ce n’est un putsch organisé par la France.
Puisque le coup d’État n’a pas été pensé longtemps, pour éviter les fuites, le putschiste arrive au pouvoir sans cadre théorique pour le guider dans son action. Et c’est comme cela qu’il se retrouve à la merci de tous les charlatans spécialistes du populisme qui donnent l’illusion que plus on fait du bruit et les gens sont contents, et plus on est sur la bonne voie. Ce qui est faux naturellement.
Si les Putschistes sont contre la France, cette dernière a une panoplie de solutions pour les écarter dans un délai de 5 ans et dans tous les cas, tout est mis en œuvre pour qu’ils ne passent pas 10 ans au pouvoir, le temps nécessaire pour réellement changer une société coloniale.
Les révolutionnaires africains échouent tous pour une raison principale dans ce cas précis :
La France vante deux siècles de connaissance des pays africains qu’elle contrôle, ce qui n’est pas le cas des putschistes qui ne savent même pas ce que leurs précurseurs ont fait, puisque le dernier git en prison et les putschistes n’ont pas l’intelligence de les retourner pour exploiter leurs mines de connaissances.
Sans cadre théorique et idéologique, les putschistes africains sous-estiment le degré de vulnérabilité des dirigeants politiques en situation de guerre asymétrique contre l’occident.
C’EST L’ECONOMIE QUI FAIT LA POLITIQUE SURTOUT EN SITUATION DE LUTTE REVOLUTIONNAIRE
Beaucoup de chefs d’état africains qui se disent panafricanistes ou mettent en avant la souveraineté de leur pays, en engageant un bras de fer ouvert avec la France, oublient souvent une notion élémentaire d’économie politique et qui se résument en une phrase : C’est l’économie qui fait la politique !
Quand je dis que le Cameroun appartient à la France, beaucoup de camerounais sont choqués et me retorquent que le Cameroun est un pays indépendant et souverain depuis 1960. Je le dis parce que l’économie camerounaise est fondamentalement informelle, qui par définition, ne paie pas d’impôts ou pas suffisamment. Ou l’état a besoin des contributeurs formels à son assiette fiscale pour exister.
Quand on considère les nationalités des contributeurs fiscaux dans certains pays africains, on constate que l’économie formelle est contrôlée à 80% par les entreprises françaises.
Et c’est à ce niveau que j’invite certains dirigeants africains à beaucoup d’humilité quand ils veulent engager le bras de fer avec des pays plus puissants qui contrôlent une partie de leur économie, sans en avoir les moyens pour créer l’alternative et donc, sans en être prêts sur le plan économique.
Ils négligent presque tous le fait que les entreprises françaises dans ces pays africains dits francophones, ne sont pas de simples acteurs économiques. Elles sont surtout des instruments de puissance dont disposent Paris, quand bien même, un pays aura fermé l’Ambassade de France.
Ces entreprises font partie d’une dynamique consolidée pendant les siècles de colonisation. C’est ce qui explique que le choix des secteurs de leur implantation n’est pas anodin. Ces entreprises sont présentes surtout dans les secteurs vitaux capables de créer une dépendance structurelle à la France. Et c’est le joker discret qui ne dispose pas de la France pour maintenir son influence dans ses anciennes colonies d’Afrique, même face à des dirigeants hostiles.
Ces dirigeants africains sont ou ignorants, ou distraits pour ne pas se rendre compte que les entreprises françaises en Afrique dite francophone contrôlent exclusivement les secteurs définis comme stratégiques. Il s’agit notamment de : banques, énergie, télécoms, ports, etc.
Ils ont le plus important des pouvoirs, le Pouvoir économique. Aujourd’hui, les entreprises américaines, plus puissantes que les états sont là pour nous rappeler que qui possède le pouvoir économique aujourd’hui contrôle aussi directement ou propriétaire, le pouvoir politique, parce qu’il a les moyens pour influencer directement les décisions politiques.
Tout cela est possible parce qu’au final, la stabilité sociale d’un pays dépend des choix économiques qui à leur tour déterminent l’emploi, le niveau de vie. Et ce ne sont ni les armes, ni le vote qui donnent la légitimité du pouvoir, mais ces deux éléments incontournables que sont l’emploi et le niveau de vie des citoyens.
Si un dirigeant politique, qu’il soit militaire ou civil, ignore ces contraintes, tôt ou tard, il aura les révoltes des affamés. Et très vite, ce dirigeant comprendra que le politique n’est qu’un fusible dans le jeu d’équilibre qui tient en place les structures économiques qui permettent de répondre à ces trois questions pour savoir qui possède véritablement le pouvoir :
Qui contrôle quoi ? Qui finance quoi ? Qui produit quoi ?
C’est la réponse à ces trois questions qui détermine les marges de manœuvre de tous les gouvernements du monde, qu’ils soient communistes ou capitalistes, militaires ou civils. Et peu importe le degré de virulence des discours souverainistes ou hostiles, parce qu’au final, c’est la réalité économique qui fixe le tempo et impose ses limites à tout le monde.
C’est à ce titre que chaque grande entreprise française (Total, Bolloré, Castel, Orange, Société Générale, Vinci, Bouygues etc.) est porteuse des intérêts stratégiques français en Afrique, c’est-à-dire, elles sont des instruments de la puissance française en Afrique et c’est pour cela que Paris est prêt à tout pour les défendre, même si les relations diplomatiques ont été rompues.
Augé définit cette situation comme une “dépendance structurelle organisée” qui selon lui est la plus grande base de vulnérabilité des chefs d’État africains, parce qu’ils n’en mesurent pas la gravité surtout que tout ce pouvoir économique qui structure durablement la dépendance du pays africain repose sur des réseaux de renseignement français que le dirigeant africain ne connait pas et donc, ne peut contrôler.
Mais il est déjà pire.
Augé nous donne plusieurs exemples de chefs d’état africains qui sont virulents contre la France, dans les discours officiels, comme Laurent Gbagbo, qui se présentait comme un président indépendant, dénonçant l’ingérence française et la Françafrique.
Mais au final, écrit Augé, il était rattrapé par la réalité quotidienne : “Son entourage était truffé de relais (espions) français, parfois jusqu’aux postes les plus intimes (cuisiniers, médecins, conseillers). Cela traduisait une dépendance structurelle héritée de l’époque coloniale.”
Un autre exemple allant dans le même sens est Idriss Deby du Tchad qu’Augé a beaucoup conseillé. Il fait remarquer que le dirigeant africain croit en bonne foi, dénoncer les travers de la “Françafrique”, mais il est loin de savoir que tous ses plus proches collaborateurs sont en fait des agents de renseignement français.
Du coup, son souverainisme se heurte à une réalité qu’il ne connaît pas, de grande solitude dans les ambitions bienveillantes pour son pays.
Ils ne savent pas que selon Augé, que la France a mis en place pendant très longtemps, un système où les présidents africains, même hostiles en apparence, ne peuvent se passer de ses réseaux pour leur propre sécurité, leur logistique et surtout le fonctionnement basique de leur État.
Pour finir, tous se rendent à l’évidence pour devenir plus pragmatique, en critiquant la France publiquement pour renforcer leur légitimité nationale, tout en restant lié à elle dans les coulisses, tout à fait discrètement.
“Les réseaux secrets français sont si profondément déployés qu’il est presque impossible pour un président africain de s’en détacher sans fragiliser son régime.” écrit l’auteur. Puisque ses principaux ennemis ont déjà été postés autour de lui et qui sont souvent ses propres familiers qu’il a cru par erreur être plus en sécurité en les nommant.
Augé nous dit que la Françafrique est un système où les dirigeants africains sont même libres de se dire « anti-France » sans que cela inquiète beaucoup Paris, puisqu’ils sont tous dépendants de ses réseaux de renseignement, jusque dans leur vie privée au quotidien.
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Jean-Paul Pougala
Mercredi 21 janvier 2026
















