SUR LES TRACES DE Me. NDOCKI.

Il est une heure du matin, pourtant j’ai du mal à m’endormir. Je suis, contrairement à ma nature, très inquiet pour elle.
Après une journée passée à retrouver ses traces dans la ville de Yaoundé , j’apprends finalement des autorités policières qu’elle est détenue au Groupement Spécial d’opérations, le fameux GSO.
Je frissonne.
C’est là que pendant deux semaines, Maurice KAMTO et une soixantaine de ses partisans et alliés ont séjourné.
Et ça s’est terminé par la case prison.
Il faut absolument que je la voie. Après quelques démarches, je suis autorisé, puisque c’est le cas, à la rencontrer.
Il est 17 h lorsque j’arrive au GSO, cet endroit qui ne m’a laissé que des mauvais souvenirs.
Les formalités habituelles remplies, un officier de police me conduit vers sa cellule.
À travers la fenêtre qui donne à la cour, je la vois. Elle est debout. Bien droite. Encore quelques secondes et l’officier de service ouvre la porte.
Je précipite vers elle, et nous tombons dans les bras l’un de l’autre.
Le temps suspend presque son vol.
Michèle NDOKI !
Je n’en reviens pas.
Michèle est là, devant moi, souriante. Elle est impressionnante de sérénité, de détachement. Dans cette pièce qu’occupait il y’a seulement treize jours encore un autre infortuné, Albert DZOGANG, je regarde, impressionné, cette femme qui transpire la détermination et la force de caractère. Elle est dans une tenue de sport noire, une paire de tennis aux pieds. Comme un boxeur qui rentre dans un ring.
Enfin j’ouvre la bouche pour lui poser des questions qui me brûlent les lèvres. Calmement, elle me raconte les circonstances de son arrestation, son transfèrement à Yaoundé, sa mise en garde à vue à la Police Judiciaire, son arrivée nocturne au GSO, sa première nuit de détenue.
Son sourire ne la quitte jamais.
Je finis par jeter un regard circulaire autour de moi. Dans cette pièce, je vois juste deux matelas nus superposés au sol, collés au mur, et qui lui ont servi de couchette dans cette nuit froide de Yaoundé.
J’obtiens qu’on lui apporte une chaise et une table.
Mais déjà je dois partir. Il faut lui faire porter, avant la tombée de la nuit, de quoi se couvrir, et quelques affaires de première nécessité.
Elle me dit aurevoir. Toujours avec le sourire.
Je quitte cette pièce sans me retourner, mais j’entends le bruit la serrure qu’on ferme à double tour.
Je ne dormirai certainement pas cette nuit. On a enfermé la démocratie. Dans mon pays.
Mais ce ne sera pas pour longtemps. Plus pour longtemps.
C’est ton combat Michèle, c’est notre combat.
Emmanuel SIMH.
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