(émission & écrits)
Éditorial – JMTV+
Depuis quelques années, les déplacements de certains rois traditionnels bamiléké en occident et plus largement dans la diaspora camerounaise semblent se multiplier. Chacun de leurs passages donne lieu à des cérémonies, des réceptions privées, des séances de photographies et à une importante diffusion sur les réseaux sociaux.
Ces tournées suscitent toutefois un débat grandissant au sein de la communauté bamiléké. De nombreuses voix s’interrogent : ces pratiques sont-elles compatibles avec les exigences de la tradition ou traduisent-elles une évolution du rôle de la chefferie dans un monde désormais dominé par la communication numérique ?
Selon plusieurs gardiens des coutumes, le roi traditionnel est avant tout le dépositaire d’une autorité spirituelle, coutumière et morale. Sa parole est rare, ses déplacements sont encadrés et sa proximité avec le public obéit à des règles précises. Dans cette conception, le souverain ne recherche ni la popularité ni l’exposition médiatique.

Or, certains observateurs estiment qu’au cours de leurs séjours à l’étranger, certains souverains adoptent des comportements qui rompent avec cette réserve traditionnelle : poignées de main répétées, visites privées chez des personnalités soigneusement choisies, multiplication des photographies avec le public et présence très active sur les réseaux sociaux. Pour leurs détracteurs, cette évolution contribuerait à banaliser une fonction qui, historiquement, repose sur une certaine distance symbolique.
À l’inverse, d’autres considèrent que ces déplacements répondent à une réalité nouvelle. La diaspora représente aujourd’hui une composante importante de la société camerounaise. Les communautés installées en Europe ou en Amérique souhaitent maintenir un lien vivant avec leurs chefferies d’origine. Dans cette perspective, la présence des rois à leurs côtés participerait au rayonnement culturel et au maintien des traditions.
Une autre question demeure : jusqu’où un roi traditionnel peut-il adapter son comportement aux usages contemporains sans altérer le caractère sacré de sa fonction ? La communication moderne et les réseaux sociaux peuvent-ils devenir des outils au service de la tradition, ou risquent-ils au contraire de transformer le souverain coutumier en personnalité médiatique ?
Au-delà des opinions divergentes, une interrogation fondamentale mérite d’être posée : les codes de la royauté bamiléké sont-ils immuables ou doivent-ils évoluer avec leur époque ?
C’est autour de cette question que JMTV+ ouvre le débat en donnant la parole à Dr Siaké Wambé, écrivain et anthropologues, membres de la diaspora camerounaise vivant à Rome en Italie, afin de confronter les points de vue et de mieux comprendre les enjeux de cette évolution.
Car derrière les images largement relayées sur les réseaux sociaux se cache une question essentielle : comment préserver la dignité et l’autorité des institutions traditionnelles tout en les inscrivant dans le monde du XXIᵉ siècle ?
La rédaction de JMTV+
















