(écrits)

Ministre pendant 24 ans dont 19 ans comme ministre des forces armées, au soir de sa carrière Sadou Daoudou avait juste 2 modestes maisons et moins de 50 millions dans son compte bancaire

« Après dix-neuf ans passés à la tête des Forces armées, j’aurai pu être milliardaire.

Pendant dix ans, de 1961 à 1970, j’avais le plus gros budget du gouvernement. J’ai fait acheter des bateaux, des avions, des blindés, des armes, des engins du génie militaire.

C’étaient des marchés qui portaient sur des milliards de francs. Ils mettaient en compétition plusieurs pays occidentaux. On me proposait des comptes en Suisse et des pots de vin qui pouvaient parfois atteindre cent millions de francs.

Pour justifier mon refus, je disais à mes interlocuteurs que j’étais un civil, donc mal placé pour savoir que tel bateau valait mieux que tel autre, que tel avion valait mieux que tel autre, que tel blindé valait mieux que tel autre, que telle arme valait mieux que telle autre, que tel engin valait mieux que tel autre.

Si demain, leur disais-je, notre Armée perdait la guerre parce que j’ai fait acheter un mauvais matériel, les Camerounais me le reprocheraient et je n’aurai pas ma conscience tranquille.

Mais si ce sont nos officiers qui ont choisi leur matériel et leur armement, ils ne s’en prendront qu’à eux-mêmes. Résultat , il y a des officiers qui sont aujourd’hui plus riches que moi.

J’aurai même pu m’enrichir sans toucher à l’argent de l’État. En effet, quand je suis arrivé à Yaoundé en novembre 1958, un mètre carré de terrain coûtait cent francs à Yaoundé et Douala et moins de cent francs à Kribi.

Il me suffisait d’acheter plusieurs terrains dans les trois villes et de les revendre quinze à vingt ans plus tard. Plusieurs personnes se sont enrichies de cette manière. Je ne l’ai pas fait parce que ma première préoccupation était mon travail et non la course à l’enrichissement.

Je n’ai qu’une villa à Yaoundé et une autre à Douala. Pas un mètre carré de terrain dans ces trois villes. Je n’ai pas de compte bancaire à l’étranger. Au Cameroun, je n’ai pas cinquante millions de francs à mon compte.

J’ai dix millions de francs bloqués à la BIAO que je n’arrive pas à débloquer. Vous avez vu ma maison. Est-elle comparable aux châteaux que certains ministres et hauts fonctionnaires construisent aujourd’hui?

Il y a des ministres qui sont milliardaires, deux ans seulement après leur nomination. Pourtant, de notre temps, il y avait beaucoup d’argent et peu de contrôle.

Mon ami, le défunt Mohaman Lamine, ancien ambassadeur décédé à Lagos (Nigeria), a été ministre chargé des domaines pendant des années. En cette qualité et à plusieurs reprises, il m’avait dit : « profite de ma présence aux domaines pour choisir les terrains qui te plaisent à Yaoundé, Douala et Kribi. Ils pourront te servir plus tard. Pense à tes enfants ». Chaque fois qu’il me le disait, je lui répondais invariablement : « Que veux-tu que je fasse des terrains? Ça ne m’intéresse pas ! ».

Malgré tous les moyens de m’enrichir que j’avais à ma disposition, je ne suis pas milliardaire après 23 ans de vie ministérielle: j’ai cependant ma conscience tranquille et je suis fier d’avoir servi honnêtement mon pays. Je peux passer partout la tête haute, ce que ne peuvent pas faire beaucoup d’autres. »

Extrait du livre de Daniel Abwa : Sadou Daoudou parle de l’armée Camerounaise

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