RÉSISTONS A LA CONFUSION DES GENRES (Editorial de Michel LOBE)

L’incursion de certains camerounais se réclamant de la diaspora dans l’ambassade du Cameroun en France est malsaine. Elle démontre un comportement de voyous sans idéal. La violence et la mise à sac des documents administratifs relèvent de l’irresponsabilité et d’une pathologie qui ne peut trouver un écho favorable dans leurs revendications.

Nous avons le droit et le devoir de honnir ces goujats qui ne peuvent concourir à la construction de notre pays. Ces agissements sont condamnables.

Mais nous ne devons pas céder à nos émotions car le Cameroun traverse une période de turbulence dont le régime en place porte l’entière responsabilité.

En effet, le retrait de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) aurait pu inspirer Paul Biya. Il avait l’opportunité de se débarrasser d’une équipe rompue à la corruption et à la falsification de la vérité. Il pouvait constituer un gouvernement d’union nationale pour sa dernière tournée. Il n’a pas saisi l’occasion.

Devons-nous conclure hâtivement que Paul Biya n’a plus la connaissance de ses dossiers? Cette assertion trouve sa juste valeur dans la répartition des postes ministériels. Les responsables du retrait de la CAN qui ont dilapidé les milliards sont toujours aux affaires. Ils ont même pris du galon.

L’échec de la CAN a mis au grand jour les errements et les approximations du pouvoir en place. La colère du peuple, dans un système répressif et policier a été étouffée. Mais des prémices commencent à fissurer le mur en béton construit depuis des décennies. Le peuple a besoin de s’exprimer et de lâcher sa colère.

Face à une opposition que le système broie d’une main de fer, la rue commence à balbutier. L’arrestation de Maurice Kamto et de ses partisans pour des chefs d’inculpation arbitraires met en lumière la panique qui s’installe en hauteur.

La diversion comme mode de gouvernance

Le discours de la rue, bien relayé par les médias sociaux, est la preuve cinglante que le pouvoir vient de jeter dans la mare un thème «fédérateur»: le tribalisme. Le bien nommé Maurice Kamto en serait le promoteur. Mais nous ne pouvons ignorer que le pouvoir en profite pour mieux asservir l’éveil des consciences.

Ainsi, la diversion comme mode de gouvernance, n’a pas seulement pour but de détourner les citoyens de la vérité. Elle permet aussi de focaliser leur attention sur des thèmes condamnables. Dans la configuration qui nous intéresse à l’heure actuelle, le tribalisme est au centre de tous les débats. Maurice Kamto est le responsable désigné du chaos qui se profile.

La solution du tout répressif est une erreur du pouvoir car d’autres Kamto émergeront. Ne fallait-il pas débattre des vrais problèmes? Résistons à la confusion des genres qui nous éloigne de l’essentiel: l’émergence du Cameroun au cours du troisième millénaire. Pour y parvenir, nous devons engager nos forces contre la corruption, la délinquance financière, le népotisme, l’analphabétisme, le tribalisme et le clientélisme.

Avec la cacophonie qui s’installe, nous donnons au pouvoir l’occasion de justifier sa politique répressive et caporaliste.

Le tribalisme est un fléau à combattre sans réserve. Mais il n’est pas seulement l’apanage des bamilékés. Il sert de levier au pouvoir actuel. Et c’est répréhensible en démocratie. Les vrais problèmes ne sont pas débattus. Le pouvoir en place monte au créneau pour dénoncer le risque d’éclatement du peuple avec des relents de tribalisme.

Le vrai tribalisme est au sommet de l’État. Les thuriféraires du régime s’en servent comme d’un étendard. Kamto et les bamilékés sont montrés du doigt. Le rouleau compresseur du RDPC détourne le citoyen de l’essentiel alors que la répression s’abat sur l’opposition. L’eau, l’électricité et le repas quotidien ne sont pas assurés.

Le Cameroun est confronté à une pauvreté galopante. Les inégalités sont criardes. Les injustices et le mépris du petit citoyen n’interpellent plus personne. Nous sommes tous otages d’un système qui bafoue la liberté et qui veut retourner la situation en fabricant des boucs émissaires.

Sommes-nous assez bêtes pour croire que le tribalisme d’État est moins corrosif que le tribalisme bamiléké? Tous les tribalismes sont à combattre.

 

Par Michel Lobé Etamé
Journaliste

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