Lettre à Mme Julie Kamto : «Nous ne sommes pas allés au dedans de vous un instant pour imaginer ce que vous endurez »

Chère Madame,

J’ai pris du temps pour me décider à vous écrire ces mots parce que comme plusieurs de nos compatriotes nous avons été distraits par votre mine souriante et enjolivante. Nous ne sommes pas allés au dedans de vous un instant pour imaginer ce que vous endurez. Vous nous l’aviez dit lors d’un meeting, mais nous étions très prises par la perspective certaines de la victoire à l’élection présidentielle. Vous disiez à cet instant-là « Il mange très peu et il y a des piles de livres au pied du lit ».

Nous étions en pleine campagne électorale. Même après l’élection rien n’a changé dans son rythme de travail et surtout dans sa motivation. Il vous délaisser au profit de la nation. Pour répondre à l’appel de la patrie. Et vous l’avez laissé faire. Mieux vous avez épousé ses combats. Pour cela Madame permettez-moi d’être la main de ces nombreux compatriotes qui ne peuvent vous écrire pour une raison ou pour un juste pour vous dire : AKIBA, MERCI, DIBOTI, THANK YOU, MOTOKWA… 

Depuis bientôt deux mois vous êtes le « père » et la mère (naturellement) de votre famille depuis l’embastillement sauvage du président élu le professeur Maurice Kamto toute la famille repose sur vous. Malgré cela la ténacité de votre époux trouve grâce à vos yeux. Par ce comportement vous montrez aux yeux du monde votre altruisme et votre patriotisme : accepter de partager avec votre pays votre tendre moitié. Nous vous en sommes reconnaissants. Une dernière chose madame juste une. Transmettez cet état d’esprit à toutes les épouses de nos héros enfermés dans les prisons infestes du régime. Dites-leur « vous avez le soutien de la nation et vos enfants en sont les pupilles »

Au sujet des enfants, nous ne vous connaissons pas et les choses resteront ainsi pendant longtemps. Alors que votre papa partage une pièce insalubre avec cancrelats et moustiques d’autres sont abonnés au club, damier, ludo, songo’o et matango du quartier. Pendant que votre papa s’offre en holocauste, pour le rayonnement de notre pays, pour le changement radical de gouvernance pour un pays où il fait bon vivre, d’autres discutent l’augmentation ou non du prix de…. La bière. Triste n’est-ce pas. Malheureusement c’est en cela que le pouvoir en place a travaillé pendant plus de trois décennies. Réduire les compatriotes à ne suivre que les futilités.

Nous étions dans un long tunnel sombre et nauséabond depuis l’échec de NI JOHN FRU Ndi en 92. Les Camerounais balafrés et défigurés par tant d’espoir perdu s’étaient résolus à être spectateurs passifs de la descente aux enfers de notre pays. On a vu où cela nous mène aujourd’hui. Nous sommes moqués même par des pays dont il est difficile d’indiquer la position réelle sur la carte du monde. Même la victoire du regain de la presque-île de BAKASSI n’a pas décrispé les visages.

D’ailleurs le bas peuple avait démissionné il y a belle lurette de « leurs affaires ». En réalité ils avaient fait des affaires du pays les leurs au point où personne ne s’en intéressait. Alléluia (pardon aux catholiques en plein carême) 2018 est arrivé. Non seulement le Professeur Maurice Kamto a éclairé ce tunnel sans bout, il nous en a extrait.

Excusez-moi je suis parcouru par tellement d’émotions quand j’écris ces mots, car je sais par certaines de mes connaissances que votre papa ou époux est à l’abri du besoin il y a très longtemps. Et quand je parle du besoin ici je ne parle pas de besoins primaires. Il aurait pu garder le même silence que certains et être aux premières loges de l’effondrement de notre nation. Non il a répondu à l’appel de cette nation dont les cris de détresse se font entendre au loin. Parfois ces cris sont étouffés par la main de l’oppresseur qui nous ferme la bouche à coup de matraque.

Vous êtes désormais, madame Suzanne Julie Kamto l’épouse de la nation, notre mère. Recevez, Madame, toute notre affection sincère et toute l’admiration que nous vous portons à vous et à papa Maurice.

C’était Valéry Foka.

La Sentinelle.

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