Il ne fait pas bon d’être opposant politique au Cameroun. Les trente-huit années de pouvoir sans partage de Paul Biya ont semé une peur qui paralyse toutes les velléités pour un modèle politique plus consensuel, plus fraternel et plus rassembleur. Ceux qui ont osé transgresser ces règles implicites sont morts. D’autres croupissent dans l’indifférence totale dans les prisons lugubres.D’autres encore ont été contraints à l’exil.
Mais la peur a ses limites. Le temps, le courage et la détermination d’un peuple arrivent toujours à avoir raison d’un tyran despotique. La fin du système Biya ne fait plus de doute. Le mensonge bien véhiculé ne prend plus. La pandémie en cours vient aussi rajouter à la confusion. La Covid-19 a coincé dans les tréfonds du palais celui qui se croyait inoxydable. Le prince de Mvoméka a disparu de la scène publique et les rumeurs qui proviennent du palais ne sont point réjouissantes.
Les trois scénarios qui discréditent le palais

  • Paul Biya aurait reçu en audience privée l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou ;
  • Il aurait reçu l’ambassadeur des USA qui arrivait en fin de mission au Cameroun ;
  • Il aurait aussi présidé le Conseil Supérieur de la Magistrature.
    Le décryptage de l’audience avec l’ambassadeur de France est un montage grossier qui tourne en boucles dans les réseaux sociaux. Et nul ne doute à présent de cette forfaiture.
    Mais comme l’équipe du palais présidentiel ne manque pas de génie, elle s’est trouvée une doublure, un sosie de Paul Biya qui a été présenté à l’ambassadeur des USA qui est resté dubitatif après son entretien.
    La forfaiture grossière et outrageante ne s’arrête pas là. Paul Biya n’a jamais présidé le Conseil Supérieur de la Magistrature. Ceux qui y ont participé le reconnaissent naturellement en off. Mais qui osera, dans ce labyrinthe de mystère, trahir un chef à qui ils doivent leur ascension sociale ?
    D’autres évènements viennent confirmer la vacance du pouvoir à Yaoundé où les rescapés de la Covid-19 se battent pour garder leurs privilèges. Le médecin personnel de Paul Biya est mort de la Covid-19. Il aurait confié, avant de mourir, que son « patient éternel », Paul Biya et son épouse, étaient aussi atteints par le virus.
    Qui croire dans cette cacophonie du palais où la rhétorique du mensonge est le secret le mieux gardé ? La rumeur enfle aussi. Elle donne lieu à trois autres conclusions probables :
  • Paul Biya est mort ;
  • Paul Biya est devenu sénile ;
  • Paul Biya, frappé par la Covid-19, est un légume.
    D’autres faits marquants viennent corroborer les rumeurs. Paul Biya n’a jamais manqué un rendez-vous de l’Assemblée Générale de l’Onu. Mais cette année, à cause de la Covid-19, il a demandé à son ministre des relations extérieures de faire un discours à sa place. Il est évident que sa doublure n’aurait pas osé envoyer une vidéo pour ne pas dévoiler le pot aux roses.
    Le palais d’Etoudi est à court d’idée. La seule réponse du pouvoir est sa dérive autoritaire. Le patriarche ne peut plus s’afficher publiquement. Cette volte-face ouvre la voie à toutes les supputations. Les spéculations vont bon train. Le Cameroun est-il encore gouverné ? Si oui, par qui ? Yaoundé a abusé de subterfuges pour camoufler la vérité. Mais le coup du discours à l’Assemblée Générale de l’Onu ne marche pas. C’est le coup de trop, la cerise sur le gâteau et le signe du déclin final du règne de Paul Biya et la vacance du pouvoir au Cameroun.
    Le soldat Biya ne peut être sauvé. Il n’est plus opérationnel et ne peut démontrer le contraire. Son équipe gouvernementale joue la montre pour proposer aux yeux du monde une solution à minima. Avec la complicité de la France, elle voudrait proposer une solution de gré à gré. Mais cette dernière a déjà été dénoncée. Les camerounais ne veulent pas de cette solution comme au Gabon ou au Togo.
    Les activistes de la françafrique ne manquent pas de s’agiter même s’ils ne veulent pas d’une solution dramatique comme en Côte d’Ivoire ou au Rwanda. Parmi ces acteurs de l’ombre, nous retrouvons les entreprises traditionnelles représentées par Total, Bouygues, Castel, la CFAO, Razel, Bolloré, etc. Elles s’activent à perpétuer une solution qui garantit leurs intérêts.
    Les camerounais ne sauraient supporter ces ingérences qui portent la marque du néocolonialisme qui maintient l’Afrique francophone dans le sous-développement et la misère.
    Une porte s’ouvre enfin. Celle du MRC qui n’est guère soumis au dictat colonial. C’est une opportunité que toute l’opposition doit saisir pour changer le cours de la douloureuse histoire que nous traversons depuis nos indépendances. Maurice kamto incarne cette chance. Rejoignons-le pour libérer le Cameroun qui étouffe sous le poids des corrompus et des sicaires qui pillent sans vergogne les richesses qui alimentent les paradis fiscaux. Pour cela, nous devons vaincre nos peurs et participer massivement aux marches pacifiques pour déloger le locataire moribond du palais d’Etoudi.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste

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