Le débat sans fin de la démocratie camerounaise (Éditorial)

Par Michel Lobé Etamé

Et si la démocratie n’était que le simple respect des institutions d’un pays ? Dans cette hypothèse, le Cameroun aurait connu de nombreux présidents que le vent de la liberté aurait balayé. Mais nous sommes très loin de cette fiction car un seul homme, depuis plus de trente-six ans, reste aux commandes d’un pays exsangue.

Le concept de la démocratie au Cameroun conduit le pouvoir en place à subvertir la démocratie représentative à une simple adjonction de quelques tours de passe-passe au vieil art de gouverner.

Dans un environnement où la tyrannie du pouvoir décide de tout, tous les pouvoirs sont focalisés autour d’un seul homme et par rapport à lui. Tout le monde n’en appelle qu’à lui, pas au gouvernement ni au parlementaire, ni au monde syndical et économique.

La centralité du pouvoir sur un seul homme, Paul Biya, appauvrit la vie politique. Elle conduit au népotisme qui réduit à néant le rôle des forces vives. Elle est aussi le fruit de l’instauration d’un pouvoir et de la concomitance des élections présidentielles et législatives dans un éco système dominé par le parti RDPC qui tue l’intermédiation de la société civile et qui fragilise les partis politiques d’opposition, les syndicats et les médias.

Paul Biya, hyper président, ne joue aucun rôle dans l’animation de la vie politique. Son premier ministre n’est jamais à la manœuvre. A-t-on vu Paul Biya mener campagne au cours des élections présidentielles ? Il laisse cette tâche ingrate à ses thuriféraires.

L’homme des grandes réalisations laisse chaque nominé jouer sa propre partition. Il jubile en regardant ses lieutenants prévaricateurs lui déclarer leur flamme. Dans ce jeu macabre, il fait semblant de prendre de la hauteur. Il n’en est rien. Tous les soirs, au palais, ses sbires lui rendent des comptes en le caressant dans le sens du poil.

Le constat est alarmant. Le pays s’appauvrit. Les faiblesses structurelles de l’économie camerounaise se traduisent par les faillites des entreprises d’état, le taux très élevé du chômage des jeunes diplômés, la collecte de l’impôt qui enrichit le fonctionnaire, la faiblesse des productions agricoles, mais surtout, la corruption endémique de son équipe.

Le président des grandes ambitions se conduit comme un chef de parti. Son socle idéologique ne tolère aucune voix discordante. La faiblesse structurelle et idéologique du RDPC y est pour beaucoup. Il est incapable de se remettre en cause de l’intérieur. Le pays est paralysé.

L’hyper centralisation de la vie politique concentre sur Paul Biya tous les pouvoirs. Dès lors, il crée toutes les conditions d’un régime hyper présidentialisé. On découvre ainsi ses faiblesses car il ne peut tout faire.

C’est l’une des conséquences majeures de la piraterie organisée par ses collaborateurs qui pillent sans vergogne les deniers de l’État.

La centralisation de tous les pouvoirs par Paul Biya est aussi la conséquence de la crise institutionnelle que traverse le Cameroun. Le climat politique qui prévaut ne tolère aucune opposition.

Le pouvoir de Yaoundé et ses soutiens sont entrés dans une ère du vide politique. La confusionrègne. L’absence de dynamique, de cohérence, l’inanité d’un projet autoproclamé progressiste frappent au point d’inquiéter tous les observateurs nationaux et étrangers.

Dans un climat morose pour le développement, une guerre clanique de succession s’est ouverte. Elle s’ajoute aux maux qui paralysent depuis des décennie l’équilibre précaire d’un pays qui navigue à vue.

En réponse aux échecs et à la paralysie de la vie politique, le pouvoir n’a plus qu’une solution : jeter en prison toutes les voix discordantes d’une opposition qui commence à se réveiller.

Le débat sans fin de la démocratie camerounaise se poursuivra jusqu’à la fin de règne de Paul Biya qui, au mépris des institutions, concentre sur lui tous les pouvoirs. L’homme, déifié par ses griots, reste convaincu que seule la mort aura raison de lui. Bouteflika aussi le pensait en Algérie. La rue lui a donné tort. Ce débat suscite également des commentaires sarcastiques. Mais, c’est aussi le signe de la vitalité des opinions du citoyen camerounais qui sort d’un long sommeil.

Par Michel Lobé Etamé
Journaliste

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