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Exploitation semi-mécanisée de l’or, dégradation de l’environnement, contrôle insuffisant des opérateurs et retombées économiques limitées pour les populations : l’expert minier Bareja Youmssi tire la sonnette d’alarme sur la gestion des ressources naturelles du Cameroun.
YAOUNDÉ — L’or du Cameroun enrichit-il suffisamment le pays qui le produit ? Dans l’Est du territoire, où les activités aurifères attirent de nombreux opérateurs, cette question est au cœur des préoccupations exprimées par le Dr Bareja Youmssi, expert des secteurs minier et pétrolier.
Dans plusieurs prises de position publiques, l’expert dénonce les pratiques qu’il attribue à certains exploitants étrangers, notamment chinois, et interpelle les autorités camerounaises sur leur responsabilité dans la gestion des ressources du sous-sol national.
Son constat est sévère : selon lui, l’exploitation semi-mécanisée de l’or et du diamant se déroule parfois dans des conditions qui ne garantissent ni une valorisation optimale des gisements, ni des retombées suffisantes pour les communautés riveraines.
Une exploitation aurifère sous surveillance
Dans un entretien publié par JMTV+ le 7 novembre 2024, le Dr Bareja Youmssi décrivait une situation qu’il jugeait particulièrement préoccupante dans l’Est du Cameroun. Fort de son expérience dans l’industrie extractive, acquise dans plusieurs pays africains, il dénonçait ce qu’il considérait comme une insuffisance du contrôle exercé sur certains opérateurs miniers.
Selon lui, des exploitations semi-mécanisées sont conduites sans prise en compte suffisante de certains standards techniques et environnementaux. Il déplorait également le manque de suivi administratif, l’insuffisance des programmes de développement communautaire et le faible transfert de compétences aux travailleurs camerounais.
Ces déclarations soulèvent une interrogation fondamentale : comment garantir que l’exploitation des richesses minières profite durablement au pays, plutôt que de se limiter à l’extraction et à l’exportation de matières premières ?
Les opérateurs chinois au centre des critiques
Dans une publication sur LinkedIn consacrée à l’exploitation aurifère dans la zone de Kambele-Batouri, Bareja Youmssi a également dénoncé ce qu’il considère comme une présence excessive d’opérateurs chinois dans l’exploitation semi-mécanisée de l’or. Il a appelé les autorités à reprendre le contrôle du secteur et à faire respecter les règles applicables.
Il met notamment en cause les conditions d’accès aux autorisations minières et s’interroge sur la manière dont certains opérateurs étrangers peuvent exercer des activités dans un secteur dont il estime que certaines catégories devraient être réservées aux nationaux.
Ces accusations doivent être examinées à la lumière des autorisations détenues par les entreprises concernées, des dispositions légales applicables et des contrôles effectivement réalisés sur le terrain. Elles ne sauraient être généralisées à l’ensemble des ressortissants chinois ou des entreprises de cette nationalité.
La question dépasse en réalité la nationalité des exploitants : elle porte sur la capacité de l’État camerounais à faire appliquer sa législation, à contrôler les titres miniers et à sanctionner les éventuels manquements.
Des conséquences environnementales et sociales préoccupantes
Les risques liés à l’exploitation aurifère dans l’Est du Cameroun ne sont pas nouveaux.
En avril 2018, un reportage d’Africanews fondé sur des informations de l’AFP faisait état de tensions entre des communautés locales et des exploitants chinois. Les témoignages recueillis évoquaient des conflits fonciers, des inquiétudes concernant les terres agricoles et des accusations de corruption. Le reportage rapportait également que plusieurs entreprises avaient été interdites d’exploitation à cette époque.
Ce contexte historique souligne la nécessité d’un encadrement transparent et d’un contrôle régulier des activités minières. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure que les mêmes entreprises ou les mêmes infractions sont aujourd’hui en cause.
L’exploitation de l’or peut entraîner des dommages importants lorsque les sites ne sont pas correctement aménagés ou réhabilités : destruction de terres agricoles, perturbation des cours d’eau, dégradation des sols et abandon de fosses dangereuses. L’ampleur de ces conséquences doit être établie par des inspections et des évaluations environnementales documentées.
Pour les populations riveraines, l’enjeu est immédiat : préserver leurs moyens de subsistance, leur accès à l’eau et leurs terres, tout en bénéficiant des emplois et des revenus que l’activité minière est censée générer.
Des milliards de francs CFA qui échappent-ils au contrôle de l’État ?
Dans son entretien avec JMTV+ en novembre 2024, Bareja Youmssi avançait une estimation de 1 500 kilogrammes d’or issus de la production artisanale annuelle, pour une valeur qu’il évaluait à 78 milliards de francs CFA. Il estimait qu’une part importante de cette production échappait au contrôle de l’État.
Ces chiffres sont ceux avancés par l’expert et doivent être confrontés aux statistiques officielles de production, aux données douanières et aux recettes effectivement recouvrées par les administrations camerounaises.
Si une part significative de la production aurifère échappe effectivement aux circuits officiels, les conséquences sont multiples : manque à gagner fiscal, difficultés à tracer les flux d’or, concurrence déloyale pour les opérateurs respectueux des règles et réduction des moyens disponibles pour financer les services publics.
Le défi consiste donc à mieux mesurer la production, à renforcer la traçabilité des transactions et à rendre plus transparentes les recettes issues de l’exploitation des ressources nationales.
La responsabilité des autorités camerounaises
Pour Bareja Youmssi, la responsabilité ne saurait être imputée aux seuls opérateurs étrangers. Il estime que les insuffisances du contrôle administratif et le manque de volonté politique contribuent aux dérives qu’il dénonce.
Cette question appelle plusieurs réponses concrètes : publication des titres miniers et de leurs bénéficiaires effectifs, vérification des capacités techniques et financières des exploitants, inspections environnementales indépendantes, transparence des recettes et sanctions en cas d’infraction établie.
Elle pose aussi la question du contenu local : combien d’emplois qualifiés sont créés pour les Camerounais ? Quelle part de la valeur produite demeure dans le pays ? Quels investissements sont réalisés au bénéfice des communautés concernées ? Et quelles obligations de remise en état sont imposées aux exploitants à la fin de leurs activités ?
Autant de questions auxquelles les autorités et les entreprises concernées devraient pouvoir répondre sur la base de données vérifiables.
Transformer les ressources naturelles en richesse nationale
Au-delà des critiques, le Dr Bareja Youmssi défend une vision dans laquelle le Cameroun doit mieux valoriser ses ressources minérales. Il plaide notamment pour une transformation locale accrue, une meilleure maîtrise technique des projets et une stratégie minière cohérente à long terme.
L’or ne devrait pas être considéré uniquement comme une matière première destinée à l’exportation. Son exploitation doit aussi contribuer à la formation des travailleurs, au développement des entreprises locales, à l’amélioration des infrastructures et au financement de l’économie nationale.
Cette ambition suppose cependant des règles claires, une administration compétente, des contrôles effectifs et une transparence permettant aux citoyens de savoir ce que le pays tire réellement de son sous-sol.
Une question de souveraineté économique
Les dénonciations de Bareja Youmssi ramènent finalement le débat à une question essentielle : à qui profite l’or du Cameroun ?
Le problème n’est pas simplement de savoir si les exploitants sont chinois, camerounais ou d’une autre nationalité. Il est de déterminer si les activités minières respectent la loi, protègent l’environnement, contribuent aux finances publiques et améliorent les conditions de vie des populations.
La richesse minière ne devient une richesse nationale que lorsque son exploitation est contrôlée, transparente et bénéfique au pays.
Il appartient désormais aux autorités compétentes de répondre aux préoccupations soulevées, de publier les données nécessaires à l’évaluation du secteur et de prendre, le cas échéant, les mesures qui s’imposent.
Sources : entretien du Dr Bareja Youmssi publié par JMTV+ le 7 novembre 2024 ; publications publiques de l’expert sur LinkedIn ; reportage d’Africanews/AFP du 21 avril 2018 sur les tensions liées à l’exploitation aurifère dans l’Est du Cameroun.
Sources à associer à votre article
- Entretien du Dr Bareja Youmssi sur le secteur minier du Cameroun — JMTV+
- « Les pays d’Afrique centrale procèdent au bradage systématique de leurs ressources » — JMTV+
- Cameroun : tensions entre Camerounais et Chinois sur l’exploitation industrielle de l’or — Africanews/AFP
















