Le Changement dans la Paix prôné par Maurice KAMTO est perçu par des observateurs peu avertis, comme une forme d’angélisme, de naïveté, un pacifisme intégriste, déconnecté des contingences politiques camerounaises.

Une telle compréhension procède, soit d’une absence de culture et de formation militante, soit simplement, d’une démarche visant à réduire la portée politique du positionnement du leader du MRC, soit d’une manœuvre politicienne visant à rapetisser la popularité, voire la légitimité, de celui que la force des évènements et les rapports de force dans l’arène politique de notre pays impose aujourd’hui comme le leader le plus crédible de l’opposition.

LE CHANGEMENT DANS LA PAIX COMME LE CHANGEMENT DANS LE DROIT

Le changement dans la paix renvoie fondamentalement à l’idée que la démarche politique du chef de file du MRC s’inscrit dans une logique républicaine, qui est bien plus large qu’une logique simplement institutionnelle ; toute chose qui est en rupture avec l’ensauvagement de l’État dont ont perfidement accouché ces 40 années de dictature de Paul BIYA.

C’est un cheminement qui se fait par et pour le Peuple. Sa colonne vertébrale est donc et avant tout, la légitimité populaire. À cette démarche, d’aucuns pourraient privilégier la voie d’une rébellion armée qui a pour seule stratégie la violence, et au bout du compte, installer un nouvel ordre politique en contraignant par la force des armes, l’ordre dominant et oppressif à la capitulation.

On peut donc dire que la légitimité procède de la DEMOCRATIE, du DROIT et donc de la dévolution successorale par la volonté populaire, alors que la démarche insurrectionnelle armée repose sur la force, la violence et la loi du plus fort.

Mais comment peut-on donc envisager LE CHANGEMENT DANS LA PAIX, dans un État où l’expression de la volonté populaire est interdite, étouffée, voire broyée par une dictature barbare et sans état d’âme ?

LA PAIX PRONÉE PAR MAURICE KAMTO N’EST PAS LA PAIX DES CIMETIÈRES DE PAUL BIYA

Appréhender le changement dans la paix prôné par Maurice KAMTO comme la soumission à l’ordre politique régnant, c’est non seulement faire fausse route, mais surtout faire montre d’une incapacité à lire la trajectoire d’un leader qui vient de soustraire son organisation politique de cet ordre politique, en refusant courageusement de participer aux élections municipales et législatives, pour ainsi affirmer son opposition à une tricherie électorale programmée. Une telle démarche s’accompagne d’une mise à jour de son logiciel politique, ce qui ne se fait ni selon l’agenda ou le plan de ses contradicteurs, mais uniquement de celui qui conduit la barque, le Président Maurice KAMTO. Parlant d’ailleurs de stratégie, il est bien évident, sauf naïveté condamnable, que, comme en politique ou au football, elle ne saurait ni s’élaborer ni se vendre sur la place publique.

Dans cette occurrence, si certaines impatiences peuvent humainement être compréhensibles, vouloir dans un contexte comme le nôtre, prôner ou vendre, sans en avoir les moyens conséquents, une démarche alternative insurrectionnelle armée, en essayant de réduire la stratégie politique en cours et qui a jusqu’ici fait ses preuves contre un régime sanguinaire à bout de souffle, procède sinon de l’esbroufe, mais surtout de la manipulation incantatoire. En tout état de cause, ceux qui agissent ne crient pas sur les toits et une insurrection ne se prépare pas via les réseaux sociaux.

La paix prônée par Maurice KAMTO, c’est celle qui se nourrit de la légalité Républicaine. Ce n’est nullement cette paix fourbe des cimetières, vendue depuis plusieurs décennies à ses sujets par le monarque Paul BIYA. Ce n’est non plus la paix de notre élite gloutonne et « prébendière », qui est à table pendant que le peuple meurt de faim. Ce n’est pas la paix de celui qui a sur sa tête son plateau d’œufs et qui évite la bagarre. C’est justement, exclusivement et simplement, la paix de celui qui ne cherche pas la bagarre, qui ne veut point de bagarre, mais qui n’a absolument pas peur de la bagarre.

LA DIMENSION INSURRECTIONELLE AVÉRÉE DU NON AU HOLD-UP ET DE LA NOTION DE PRÉSIDENT ÉLU

Le non au hold-up et l’appellation « Président Élu », sont d’abord et avant tout, une posture de défiance à l’égard d’un système odieux, dictatorial qui vole et viole le Peuple dont il détourne même les suffrages.

Dès lors cette posture éminemment stratégique, faut-il le répéter, ne saurait s’interpréter comme une approche ordinaire ou anodine, notamment quand on a l’envergure et les ressorts politiques du MRC. Les manifestations politiques pourtant pacifiques qui valent au MRC une répression barbare du pouvoir à-travers notamment, des arrestations et incarcérations arbitraires, des tortures cruelles et inhumaines, sont loin de décourager ce parti qui dans son agenda, entend coûte que vaille mettre en œuvre les droits qui lui sont constitutionnellement reconnus, pour faire aussi bien respecter sa voie qu’entendre sa voix.

Est-il besoin de rappeler qu’aujourd’hui dans le pays du roi BIYA Paul, exprimer une opinion contraire ou la porter haut à travers une manifestation publique, pacifique, est dangereux et suicidaire ? Ceux donc qui, parlant de changement dans la paix, prêtent au Pr Maurice KAMTO un pacifisme inconditionnel et naïf dont il serait devenu le chantre, se trompent de sujet et font, consciemment ou non le jeu de ce pouvoir reptilien qu’ils prétendent pourtant combattre.

Le Pr Maurice KAMTO est un homme politique qui a suffisamment démontré, comme rarement cela a déjà été fait dans notre chère patrie, son courage, sa détermination et son caractère bien trempé.

De surcroît, son amour pour la patrie, son respect du droit et son attachement à la légalité, font de lui un adversaire redoutable et redouté, notamment par ce régime qui n’a rien su offrir à son peuple que la paupérisation, la haine et la guerre. Quoi qu’il en soit, les opportunités de réactions politiques comme de manœuvres offertes par le droit, par l’arsenal juridique interne et externe, restent immenses et ne manqueront pas d’être entièrement explorées dans les mois à venir.

DU DROIT DE RÉSISTANCE À L’OPPRESSION

Les possibilités d’actions contenues dans cette notion sont riches et variées et donnent au Peuple résistant, des armes redoutables lui permettant de s’affranchir d’une dictature sanguinaire comme celle qu’impose le vieux lion édenté au peuple camerounais.

La Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 27 juin1981 à Nairobi Kenya, s’inspirant de ce droit, stipule :

« Tous les peuples sont égaux ; ils jouissent de la même dignité et ont les mêmes droits. Rien ne peut justifier la domination d’un peuple par un autre ».
« Tout peuple a droit à l’existence. Tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à L’AUTODÉTERMINATION. Il détermine librement son statut politique et assure son développement économique et social selon la voie qu’il a librement choisie ».
« Les peuples colonisés ou opprimés ont le droit de se libérer de leur état de domination en recourant à tous moyens reconnus par la Communauté internationale ».

Le Président Maurice KAMTO a fait il y a 6 jours, une « déclaration sur l’assassinat de la petite Caroline à BUEA ». Dans la compréhension du message d’un acteur politique d’une telle érudition intellectuelle, le choix des mots n’est jamais anodin. Il parle d’« ASSASSINAT » et exhorte les Camerounais à « exprimer leur indignation collective … ».

Selon ma compréhension, cette “indignation collective”, ne saurait se faire isolément, enfermé dans une chambre à crier : « wouais, on va faire comment ?» comme nous l’avons jusqu’ici fait. L’indignation collective ici serait donc l’invitation de tous les camerounais épris de changement à manifester ensemble leur ras le bol pour dire publiquement et de concert « ASSEZ ! ». C’est d’obtenir ou d’imposer par la voie du nombre, par la voie du Peuple, ce qu’on ne peut obtenir autrement que par le soulèvement du peuple souverain !

Ceci signifie que le leader de l’opposition Camerounaise n’a pas retiré de sa boîte à outils, la contestation populaire comme de nombreux autres moyens pacifiques, qui permettraient au Peuple Camerounais d’obtenir des réponses à ses revendications, “d’imposer un changement démocratique au Cameroun”. L’opportunité et la pertinence du moyen utilisé dépendent donc des enjeux et du contexte.

EN ATTENDANT QUE FAIRE DONC ?

L’urgence de l’heure, c’est le resserrement des forces vives du changement et de l’opposition, en ordre de bataille et soudées, autour de celui qui aujourd’hui porte et incarne au mieux, les aspirations d’un Peuple meurtri par 40 années d’oppression et de terreur. On n’est jamais assez fort quand on va à une compétition politique.

Les idées selon lesquelles l’attitude actuelle de l’opposition Camerounaise s’expliquerait par un essoufflement politique, une panne stratégique et qu’il faudrait essayer autre chose, procèdent d’une inacceptable naïveté politique ou d’une démarche consciente visant à réduire, à ruiner le capital politique des forces du changement telles que portées par Maurice KAMTO.

Au contraire, il faut continuer de nourrir le mammouth, il faut le rendre obèse, si obèse que plus rien ne pourrait le soulever, si obèse que rien ne pourrait le contourner, si obèse que rien ne pourrait le surplomber. Cette OBESITE POLITIQUE peut ainsi se résumer : TOO HEAVY, TOO BIG, TOO LARGE TO COLAPSE ! Le Cameroun de demain se fera avec cette majorité ou ne se fera pas.

En somme,
· le Changement dans la paix, ne s’oppose aucunement au droit inaliénable d’un Peuple de se lever et de dire qu’il n’est pas content,
· le Changement dans la paix, ne s’oppose pas au droit du peuple camerounais, à exiger un autre destin que de naître, vivre et mourir dans la pauvreté et la dictature,
· le changement dans la paix ne s’oppose pas à la LEGITIME DEFENSE d’un Peuple pressurisé, écrasé par une insoutenable violence d’une des dictatures les plus barbares, féroces qu’ait connue l’humanité.

Au contraire, le changement dans la paix, renforce le Peuple dans ses droits inaliénables en s’inscrivant dans une démarche résolue de changement, qui ferait l’économie d’une métastase de la violence en cours dans la partie anglophone du Cameroun.

Telle me semble être l’indispensable opération-lucidité qui nous permettra de capitaliser des acquis, qui n’ont, de mémoire d’observateur averti que je suis, jamais été aussi importants, dans un contexte favorable à l’alternance, au changement. Nous y sommes, presque, il faut tenir !

Me Amedee Dimitri Touko Tom
Analyste Politique

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