« L’initiative du Cadre Citoyen de Concertation m’interpelle au premier chef ». Sa majesté Sokoundjou a reçu des membres du Cadre Citoyen de Concertation (C3) ce 18 juillet 2020 à la chefferie Bamendjou. Djeukam Tchameni l’initiateur du C3 et sa suite en ont profité pour lui présenter leur initiative et se ressourcer auprès de l’un des derniers sages du Cameroun. Au total, près de 50 personnes ont participé à cette rencontre en présentiel dans le respect des mesures barrières et 15 autres en ligne via Zoom. Autour des deux figures traditionnelle et politique, on notait la présence de Edith Kah Walla de Stand Up for Cameroon, Serges Espoir Matomba du PURS, Mboua Massok de la Rebellion Morale, Hilaire Kamga de la Plateforme de la Société Civile, Bechon cyrille des Nouveaux Droits de l’Homme, Guy Tchuilieu du MDI, Albert Moutoudou de l’UPC-Manidem, Mme Habiba Issa de l’UPC, Kam Julios du Cameroonians for a New Referendum, Sande Olivier du Collectif National contre l’Impunité, ainsi que de dizaines autres responsables assez représentatif des régions du Cameroun. Des participants indisponibles tels Marie-Louise Eteki du CFA, le Dr Kaptue du ROC, Me Akere Muna de NOW, Ndzana Floriant de A18, Pastor Kenedy Ejacha ont fait leurs contributions via Zoom, par écrit ou par enregistrement audio ou vidéo. On notera aussi que le président Kwemo de l’UMS et le vice-président Sam Mbaka de l’UDC ont envoyé des représentants personnels. Me Simh Emmanuel, avocats des prisonniers politiques et Maximilienne Mbe du REDHAC n’ont pu effectuer le déplacement en raison de contraintes de dernière minute. Le président Djeukam Tchameni a pris la parole au nom des participants pour situer le contexte de la rencontre et a remercié sa majesté pour son accueil chaleureux et sa disposition à écouter ses enfants. Il a ensuite révélé que la motivation qui anime les visiteurs avait trait à l’intérêt général de notre pays. Il a indiqué qu’il était important que les gens se parlent entre eux. La visite à sa majesté Sokoudjou dit-il, s’explique parce que « notre aîné qui a une longue expérience de la vie politique et sociale, peut nous combler de ses conseils. C’est un homme de Dialogue et un homme de la paix » Prenant la parole, sa majesté Sokoundjou a estimé que cette visite était une marque de reconnaissance qui n’avait pas de prix et qu’il mettait sous le signe de sa constance dans la lutte pour la libération du Cameroun avant et après les indépendances. Il a dit faire partie des personnes qui avaient juré de ne jamais trahir le Cameroun. Il s’est dit déçu parce que le Cameroun est trahi par ses propres fils que nous sommes. Il a dit que la présentation de l’initiative du Cadre Citoyen de Concertation l’interpelle au premier chef : « j’ai les larmes aux yeux lorsqu’on parle du Cameroun, de 1950 à nos jours, et je suis prêt à livrer tout ce que je pense pour le bien du Cameroun et non pour le bien des individus. Le regret que beaucoup de politiciens agissent, consciemment ou non, pour l’intérêt de la France. Il a remercié Dieu pour ce jour et a émis le souhait que ce soit le jour de la « renaissance » du Cameroun. « D’où mon questionnement sur votre sérieux et votre engagement. J’ai eu l’habitude de réunir des personnalités politiques de toutes les régions du pays dans mon palais pour chercher la paix, si vous êtes effectivement venus pour mes conseils, alors je vous les donnerai pour le bien du Cameroun ». Le Fo’o de Bamendjou a deploré la multiplicité des partis politiques et autres organisations. Il a questionné leur utilité pour le Cameroun et a regretté l’existence des guerres de leadership ou même l’absence de bilan dans les partis politiques. Son regret s’est aussi porté sur le fait que tous les responsables politiques qui ont déjà été dans son palais pour des conseils, n’en ont jamais tenu compte dans leurs actions. Il a par conséquent invité les uns et les autres à se remettre en cause avant d’indexer le régime en place comme étant le seul responsable de l’échec du pays. On ne peut résumer sa majesté. D’après lui, la politique est un sport comme tous les autres sports. Pour faire la bonne politique, il faudrait se tolérer et travailler ensemble malgré les divergences et autres oppositions. Pas de politique sans stratégie : La politique est un jeu comme le football qui nécessite de connaître le style de jeu de l’adversaire ainsi que ses tactiques afin de peaufiner sa propre stratégie de jeu. Pour réussir, il faut savoir faire le jeu politique. Cela peut passer par la stratégie de mettre ses propres joueurs hors-jeu afin de marquer par lâcheté autant que l’arbitre valide des buts hors-jeu. « N’utilisez pas la brutalité pour arracher la machette de la main d’un homme qui en tient le manche, vous vous en sortirez avec des blessures graves causées par votre propre manque d’intelligence » Evitez le jeu des intérêts égoïstes. Évitez de voir à court terme dans une démarche électoraliste. « Si vous allez demander la main d’une femme et que sa famille vous l’accorde immédiatement, méfiez-vous, il y a anguille sous roche ». Pour gagner la guerre, il faut mener plusieurs batailles et être prêts à perdre certaines. Pour ce faire, il pense qu’il faut faire deux démarches fondamentales :

(1) chercher d’abord à être crédible et (2) s’organiser à faire un bon jeu politique. Il a insisté sur le fait que ce n’est pas forcément l’affichage public et le bruit qui rendent crédible. « Cherchez à vous entendre et revenez me voir dans les mois qui suivent si vous avez besoin de mon encadrement politique : Je suis prêt à vous encadrer si vous allez dans ce sens. Je suis prêt à aider n’importe qui, homme comme femme, sans distinction de région ou d’ethnie, dans l’intérêt général ». Il a émis le souhait que d’ici quelques mois seulement, il y ait naissance de quelque chose susceptible de mobiliser les Camerounais et de les conduire vers la paix. Sa majesté a indiqué qu’il était fâché parce que déçu par la classe politique toute entière. D’après lui, les luttes politiques ne vont pas dans le sens de la libération du Cameroun qui était l’objectif de leur résistance à l’époque. Apres l’allocution du chef, la parole a été donnée aux participants qui ont en leur nom propre ou au nom de leurs organisations présenté au roi leurs points de vue sur le retour de la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que sur la notion de rupture politique. Apres avoir écouté ses visiteurs, le Roi leur a dit ses derniers mots. On retient que : – Il nous attend dans les mois qui suivent : « Allez mettre sur pied une structure qui peut ne pas être dirigée par vous-mêmes ». – Sur l’approche : Nous pouvons gagner ce combat sans armes en n’utilisant que notre intelligence. – Rejet du mot « rupture » : « On ne se lève pas un bon matin et décide d’agir sans analyser. Pour gagner ton adversaire, tu peux avoir à l’embrasser. Je ne suis pas d’accord avec le mot rupture ». Pour le Roi, le plus important est d’être organiser et d’avoir une stratégie d’action. – Sur l’organisation, il nous a exhortés à prendre des initiatives pour mettre sur pied des structures pouvant mener des études : « Il faut un noyau. Ce n’est pas la masse qui réfléchit. Les soulèvements ne réussissent pas faute d’organisation ». – Sur le leadership, le Roi a regretté la cacophonie : « Tous les Camerounais ont raison et en définitive, personne n’a raison. Trouvez des gens crédibles pour parler. Que tout le monde ne parle pas en même temps. Il faut se trouver ensemble avec son adversaire politique pour étudier ses faiblesses et utiliser contre lui. Si vous voulez, je vous conseille et on gagne le match sans brutalité et on amène l’adversaire à marquer dans son propre camp. » Le Président Djeukam Tchameni a repris la parole pour remercier le Fo’o pour ses précieux conseils et promettre que le Cadre Citoyen de Concertation en tiendrait compte dans ses délibérations. Il a dit que tous les participants avaient pris bonne note de sa disponibilité à nous « encadrer » et que nous reviendrions le voir avec des propositions concrètes dans les mois qui viennent. La rencontre s’est achevée autour de 15 heures. Un repas de convivialité a eu lieu dans la cour intérieure suivi de la visite du musée royal et d’une séance de photo. Les premières délégations ont pris la route de retour vers 16h30.

DJEUKAM TCHAMENI

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