AFFAIRE Me LYDIENNE EYOUM: »JE SUIS UNE SURVIVANTE DE L’ENFER DE KODENGUI » 5/5 (JMTV+)

Cinquième partie du témoignage de Me Lydienne EYOUM…

…Le départ et l’ arrivée à la prison ressemblent à un film d’aventure et d’horreur : après une fouille sans ménagement au cours de laquelle je suis délestée de mon argent… « c’est interdit ici… » me dit la gardienne avec délectation et cupidité. Heureusement j’ai eu le réflexe d’ôter mes bijoux dont mon alliance et de les passer par la fenêtre à mon mari qui a pu avec l’aide de ma consœur et amie Esther Gisèle BETAYENE s’approcher du fourgon juste avant que le convoi ne quitte le palais de justice (à vrai dire je ne me représente plus la scène tout à fait, mon esprit était quelque part ailleurs, essayant de rattraper ma vie… comme dans un film noir.
Je n’osais plus penser à mes proches vivants, à leur détresse. C’était trop dur. Alors j’évoquais le beau visage de ma mère. Elle m’avait quittée en mai 1997. Je recherchais son doux regard je croyais l’ entendre me dire « je suis là …près de toi …n’aie pas peur…ne pleure surtout pas… »
En même temps j’entendais mon père décédé en 1977 me dire « surtout restes digne ! Ne laisses personne te salir ni bafouer ton nom et ton honneur »
Pendant ce temps le fourgon roulait dans la nuit toujours sous bonne escorte. Il devait être deux heures du matin. Un silence de cathédrale dans le fourgon.
Comment sommes-nous descendus de ce fourgon, je ne saurais le dire, j’étais comme détachée de moi.
Cela ne pouvait pas être vrai. Et pourtant c’est bien moi qui traversais le portail de l’entrée principale de la prison. Une cour à peine éclairée, une odeur assez particulière, pestilentielle, une caisse de bière vide.
Asseyez-vous là…me dit un gardien en me désignant la caisse de bière. Ils étaient 5 ou 6, je ne voyais pas clairement leurs visages. Nous étions là à attendre que nos familles tenues à distance mais qui suivaient avec nos quelques affaires personnelles nous les fassent parvenir. Moi surtout…
Je me vois encore trainant ma valisette de cabine et transportant un pack d’eau que ma famille a pu passer aux gardiens avant de m’enfoncer de plus en plus dans la nuit…cette allée pas bien longue en réalité me paraissait si longue.
« J’ai besoin d’aller aux toilettes monsieur » …surpris le gardien me montre un coin sombre… je reviens aussi vite que je suis partie…
Puis le bruit des grosses chaînes lorsque le gardien ouvre le lourd portail du quartier des femmes, il me fait signe de rentrer puis un claquement qui me fait frémir. Encore ce bruit de portail qui ferme et de grosses chaînes cognant dessus…. cette pénombre, cette petite cour encombrée d’ustensiles divers, cette odeur indéfinissable mais dégoûtante, ces fumées , ces rats…gros comme des chats qui semblent m’attendre car ils ne bougent pas et se tiennent sur leurs pattes arrières comme prêtes à me sauter dessus. C’est moi qui reste immobile, incapable de bouger …et puis pour aller où ? Je ne pourrais même pas courir dans cette petite cour encombrée et éclairée d’une ampoule jaune suspendue sur un câble électrique au milieu d’ autres câbles noircies par les fumées et pendants au dessus de ma tête.
Je ne distingue même pas que des femmes sont assises sur des bancs et d’autres couchées sur des nattes sous un petit hangar et que la fumée qui s’élève derrière elles vient de la « cuisine » ou le coin qui en tient lieu.
Puis une « responsable du quartier » sort de nulle part et me demande de la suivre pour mon premier « entretien » avec la « commandante » du quartier dans « le local 1 » c’est ainsi qu’on appelle les cellules et je comprends pourquoi. Le local est sombre, il se dégage une chaleur et une odeur suffocantes. Il est 3 heures du matin et c’est relativement calme mais des visages m’observent tout autour de haut en bas, quelques unes descendent de leurs couchettes par curiosité pour voir cette avocate tant attendue depuis le 8 et que toute la prison attendait déjà de voir. Elle me fixe les prix mensuels de tout ce que je dois payer immédiatement sous peine d’être envoyée en tant que dernière arrivée dès 4 heures du matin au « nettoyage » et balayage de la cour. Un endroit dont l’insalubrité me donne des haut-le-cœur. Je ne me souviens même plus de tous les montants mais j’acquisse à tout. Il faut aussi penser à avoir un « mandat…ça coûte 50.000 francs CFA »…
La suite est dans son propos dans les 5 épisodes que dure l’émission sur JMTVPLUS

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