L’Afrique des indépendances s’est distinguée par la frénésie de l’instruction. Il fallait, dans chaque famille, envoyer les enfants à l’école pour en faire des citoyens respectables et admirés. Pour les familles, ces efforts étaient des investissements à une époque où la méritocratie avait encore un sens. L’Afrique sortait de la colonisation et manquait de cadres.

Chaque enfant avait à cœur d’être le meilleur dans le quartier puis dans le pays. L’émulation entre les jeunes était saine. Elle motivait toutes les couches sociales. Il y avait un sentiment d’appartenance à la communauté et chaque jeune se distinguait par ses résultats à l’école.

Dans cet espace académique et social, les rôles étaient bien définis. Les parents avaient en charge l’éducation des enfants pour leur apprendre les « bonnes manières » tandis que l’Etat assurait l’instruction. Un climat de confiance s’est installé progressivement. A la fin de l’école primaire, les familles avaient le choix entre les collèges, les lycées d’état et les collèges confessionnels où les missionnaires, catholiques ou protestants, assuraient une formation de qualité. L’entrée en classe de sixième constituait la première barrière sociale. Il fallait passer un concours très sélectif.

A la fin du cycle secondaires, après l’obtention du baccalauréat, les plus méritants obtenaient des bourses pour poursuivre les études en Europe dans les filières bien déterminées. Leur retour au pays était une marque de réussite et de reconnaissance sociale pour leurs familles et aussi leur environnement. Car en Afrique, dans sa culture et sa tradition, un enfant appartient à toute la communauté.

L’institution scolaire travaillait à l’élaboration d’un enseignement qui émancipe le citoyen et qui lui offre des perspectives. Le respect des aînés, des éducateurs et de la chose publique était à la charge des parents.

Que sont nos valeurs devenues ?

L’Afrique post coloniale est confrontée aujourd’hui à des inégalités sociales qui rejettent une couche de la population. Certes, la société parfaite n’existe pas. Mais nous pouvons légitimement nous interroger sur les crises socio-économiques en cours dans tout le continent. Elles portent la marque des maux suivants :

  • La corruption ;
  • Le vol des deniers publics ;
  • Le tribalisme ;
  • L’injustice, etc.

Nous ne nous attarderons pas sur tous les maux qui minent notre continent car ils sont si nombreux. Mais la mauvaise gouvernance est responsable du chao permanent qui engendre les violences urbaines et administratives. Les chefs d’Etats s’accrochent à leurs fauteuils et laissent les membres du gouvernement, les affairistes véreux, les marabouts, les sorciers, les corps confessionnels et les loges ésotériques occidentales conduire « les affaires ».

Les valeurs sociales qui ont suivi les indépendances sont clouées au pilori. Le vol et l’impunité des agents de l’Etat ont créé un climat qui discrédite toutes les autorités. Le pouvoir politique, transformé en pervers narcissique, éprouve une jouissance à écraser ses sujets. Le citoyen est livré à lui-même. Un peu perdu, il devient la proie facile des marchands de rêves.

L’instruction civique était une matière obligatoire et nous apprenait à respecter nos enseignants, nos parents et tous ceux qui veillaient à notre éducation. Nous avions en mémoire une certaine idée de l’excellence et de la réussite sociale par l’effort. Ces valeurs sont aujourd’hui ignorées. L’ascenseur social s’est grippé.

Cette Afrique est aujourd’hui confrontée à une jeunesse qui se réveille pour mettre fin à une gabegie qui la maintient dans le sous-développement et que les occidentaux nomment « Pays Pauvres Très Endettés ».

Cette Afrique riche mérite-t-elle cette dénomination ?

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste Indépendant

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