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Le pétrole est sans doute l’une des ressources les plus convoitées au monde au point d’être souvent le nerf de la guerre. C’est lui qui a permis l’émergence des économies industrielles au XXe siècle grâce à sa propriété de contenir beaucoup d’énergie dans un petit volume facilement transportable. Si depuis une trentaine d’années, le pétrole est concurrencé par d’autres sources d’énergie, il demeure pour quelques années encore un produit incontournable de notre quotidien. Analyse des mécanismes qui déterminent son prix.

Le fonctionnement du marché du pétrole

Du marché de gré à gré ou « spot »…

Le pétrole est un produit de base dont le prix est déterminé en fonction de l’offre et de la demande. L’offre provient des compagnies qui extraient le pétrole. La demande émane, quant à elle, des raffineurs qui transforment le pétrole brut en produits utilisables par les clients finaux (carburants, combustibles, matière première pour l’industrie pétrochimique).

Les raffineurs passent par des filiales spécialisées dans le négoce dont l’activité est d’intervenir sur le marché pour acheter les quantités nécessaires au fonctionnement des raffineries ou pour revendre les excédents inutilisés.

Ces « traders » peuvent aussi chercher à réaliser des bénéfices à court terme par des opérations d’achats et de reventes en jouant sur les variations de cours quotidiennes. Ainsi, il arrive fréquemment qu’une cargaison de pétrole change de propriétaire plusieurs fois avant d’être livrée. Le marché sur lequel s’effectuent ces transactions d’échanges physiques de barils de pétrole s’appelle « le marché spot ».

…au marché à terme ou « papier »

En plus des barils de pétrole qui changent concrètement de mains, il y a les barils de pétrole qui sont l’objet d’un commerce uniquement « sur papier ». Le pétrole est acheté et vendu « sur papier » d’après une valeur future estimée et, en règle générale, il n’y a pas d’échange physique du produit.

Ces opérations se réalisent sur des marchés à terme dont les deux principaux sont le NYMEX (New York Mercantile Exchange), racheté en août 2008 par le Chicago Mercantile Exchange, et l’IPE (International Petroleum Exchange) devenu ICE Futures (Intercontinental Exchange) en 2005 et situé à Londres. Ces opérations permettent aux producteurs de vendre à terme (ou aux raffineurs d’acheter à terme) des quantités de pétrole à un prix fixé à l’avance, et ainsi de se protéger contre toute variation défavorable des cours.

Les investisseurs qui se portent contreparties espèrent réaliser un profit en spéculant sur l’instabilité des prix. Leur intérêt est d’apporter de la liquidité au marché pétrolier : les industriels trouvent des acheteurs ou des vendeurs de pétrole à tout moment ce qui n’est pas le cas sur le marché de gré à gré.

Mais leur forte progression dans les transactions de pétrole a amené une plus forte volatilité des cours. Dans les périodes de crise, le prix du baril a pu ainsi s’éloigner exagérément, tant à la hausse qu’à la baisse, des fondamentaux du marché pétrolier.

Prix de référence et influence de l’OPEP

Il existe de nombreuses sortes de pétrole qui se différencient selon leurs qualités (viscosité, contenu en soufre…) les rendant plus ou moins faciles à raffiner. Il existe donc autant de qualités et de valeurs de pétrole que de gisements en production.

Les prix de référence ou « benchmark »

Les pétroles bruts les plus connus et qui servent majoritairement de référence pour fixer les prix dans le monde sont le West Texas Intermediate (WTI), pour le pétrole produit aux États-Unis, et le Brent, pour celui produit en Mer du Nord. Mais il en existe d’autres comme le Dubai Fateh pour le pétrole produit dans le golfe persique, le Bonny Light au Nigéria ou le Western Canadian Select pour les pétroles lourds issus des sables bitumineux du Canada.

Les prix du pétrole brut sont alors déterminés gisement par gisement, avec une prime ou une décote, à partir du prix d’un pétrole de référence. Si le WTI ou le Brent sont les plus privilégiés, ce n’est pas à cause de leur qualité mais pour leur cotation continue avec de nombreuses échéances de vente ou d’achat à terme sur des marchés liquides. Aujourd’hui, seules les places de New-York et Londres sont en mesure d’offrir ce service.

Il existe aussi un autre prix de référence qu’il est important de scruter, c’est le prix du panier des pétroles vendus par les 13 membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et qui va influencer leur intervention sur le marché mondial de pétrole.

L’OPEP : un cartel qui vise à réguler les prix

Le marché pétrolier a une particularité de taille par rapport à n’importe quel autre marché : les volumes de pétrole sont ouvertement manipulés par les plus importants exportateurs du monde qui se sont regroupés au sein de l’OPEP.

L’OPEP a été créée le 14 septembre 1960 par l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela. Il compte aujourd’hui 13 membres qui sont, outre les cinq pays fondateurs, l’Algérie, l’Angola, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la Libye, le Nigeria et les Émirats Arabes Unis. Ensemble, les pays membres de l’OPEP concentrent près de 40 % de la production mondiale de pétrole. Le siège de l’organisation est situé à Vienne, en Autriche.

L’OPEP fonctionne comme un cartel de producteurs qui cherche à réguler le prix du pétrole par un effort coordonné de ses membres dans lequel chacun dispose d’un quota de production. Lors de chaque réunion, ils s’entendent sur la quantité de pétrole exporté et influencent ainsi le prix du marché. Il faut toutefois qu’il y ait unanimité des membres pour qu’une décision de hausse ou de baisse de la production de pétrole soit actée.

L’OPEP a joué un rôle prépondérant dans le déclenchement de la crise économique des années 1970 en décidant à la fin de l’année 1973 de diminuer fortement les quantités de pétrole exportées, ce qui a eu pour effet de provoquer un quadruplement du prix du pétrole.

Et le Cameroun dans tout ca?

On nous a longtemps fait comprendre que le pétrole Camerounais était classifié de type “lourd” ce qui n’est pas globalement vrai.

En effet l’exploration pétrolière débute au Cameroun en 1947. Les premières découverte commerciales sont réalisées dans le bassin du Rio del Rey en 1972; mais ce n’est qu’en 1977 que le pays acquiert le statut  de producteur de pétrole, suite à la mise en production du champ de Kole.

De nos jours le Cameroun compte trois types de pétrole brut sortants de ses champs pétroliers.

Il s’agit de :

          Lokele(Brut lourd) vendu avec une décote

          Kole(Brut Moyen ) vendu avec une décote

          Ebone (Brut léger) vendu avec une surcote/prime (Brent Light)

La référence pour la vente des bruts camerounais est le Brent de la mer du Nord coté sur le marché londonien de l’intercontinental Exchange. Suivant les types de bruts et en fonction des conditions du marché, les bruts camerounais présentent par rapport au Brent une décote ou une surcote(prime).

D’où provient le pétrole brut vendu par la  SNH?

La production du pétrole au Cameroun est effectuée par des multinationales après  avoir signé un contrat d’exploitation et de partage de production avec l ‘état Camerounais représenté par la SNH, les clés de partage ne sont pas connues du public mais dans le rapport de l’ initiative pour la transparence dans l’industrie extractive(ITIE) il en ressort que les clés de répartition sont généralement dans la tranche de 50/50 , 50% pour la multinationale et 50% pour le pays ; au Cameroun nous avons deux compagnies qui exploitent à ce jour le pétrole brut , il s’agit du groupe franco Britannique PERENCO et Addax Petroleum Cameroon , filiale du groupe Petrolier Chinois Sinopec.

Donc la SNH recoit de ces compagnies pour le compte de l’état camerounais notre part de pétrole brut issu de la production. Et c’est à la même SNH que revient le droit de vendre notre part.

Quels types de contrat pétrolier avons-nous au Cameroun?

Les contrats pétroliers sont régis par le Code Pétrolier de 1999 qui prévoit deux types de contrats : le contrat de Concession (CC) et le contrat de partage de production (CPP).

Selon les dispositions des articles 14 et 15 du Code, ces deux types de contrat génèrent des flux de revenus en nature au sens des exigences 4.1(b) et 4.2 de la Norme ITIE dont le détail se présente comme suit :

  • pour les CC : le titulaire assume le financement des opérations pétrolières et dispose des hydrocarbures extraits pendant la période de validité dudit contrat, sous réserve des droits de l’État de percevoir la redevance en nature ; et
  • pour les CPP : la production d’hydrocarbures est partagée entre l’État et le Titulaire. La quote-part de l’État correspondant à sa part dans le « cost-oil » qui correspond aux coûts pétroliers engagés pour la réalisation des opérations pétrolières et à sa part dans le « profit-oil » qui est réparti selon les modalités fixées dans le contrat et qui correspond au solde de la production totale d’hydrocarbures après déduction du « cost-oil ». La quote-part de l’État est perçue en nature sauf stipulation contraire dans le contrat.

Pourquoi le Cameroun n’est pas membre de l’OPEC ?

C’est quand même une curiosité car au vu de la petite production que nous avons au Cameroun, il aurait été préférable pour nous d’appartenir à ce cartel au regard des avantages constatés pour les pays membres au lieu de faire du trading seul et être à la merci des marketeurs et traders. Comment comprendre que tous les pays producteurs du pétrole en zone CEMAC soient t membres de l’Opec sauf le Cameroun?

L’Opec peut être une machine lourde et compliquée ; dans ce cas Pourquoi le Cameroun ne donne pas le droit à la multinationale qui opère au Cameroun la charge de commercialiser notre cote part du pétrole brut et celle-ci reversera l’argent directement au trésor ? Ça éliminerait beaucoup de couts (SNH, marketeurs, tradeurs , retro commissions etc..) et permettrait de remplir davantage les caisses de l’Etat.

Comment sont fixes les prix du brut Camerounais?

Selon le Directeur Commercial de la SNH, La Valorisation des hydrocarbures produits sur le territoire nationale est définie par la loi 99/013 du 22 décembre 1999 portant code pétrolier et son décret d’application 200/465 du 30 juin 2000. Conformément a ces textes, le pétrole de référence pour la vente des bruts camerounais est le Brent, brut léger issu du mélange de dix-neuf champs pétrolifères situes en mer du Nord et coté à la bourse du pétrole de Londres, l’Intercontinental Exchange (ICE). La formule de prix de vente des bruts camerounais prend en compte la Moyenne arithmétique d’au moins 5 cotations moyennes successives du Brent daté, à laquelle s’ajoute le différentiel (décote) négocié entre la SNH et son acheteur pour chaque cargaison. Ce différentiel est déterminé en fonction de trois paramètres: d’abord , la différence de qualité existant entre le Brent, brut de référence de type léger, et les bruts camerounais, des types mi-lourd et lourd; ensuite, l’éloignement de nos terminaux de chargement des ports de la Mer  du Nord, principale marché du Brent; enfin, la conjoncture pertinente au moment de la transaction (saisonnalité, demande effective pour le type de brut)..

Il y a une curiosité qui se dégage des propos du Directeur commercial de la SNH, il oublie carrément de faire allusion au troisième type de pétrole brut camerounais celui d’Ebone qui est de très bonne qualité et est classifié comme du brent light superieur et se vend avec surcote (prime)..  Aussi il oublie de dire que le pétrole brut camerounais est aussi vendue en Asie et en Amérique du nord.

Selon le Bâtonnier Me Akere Muna; il affirme que la SNH vendrait le pétrole brut camerounais avec une décote allant de 30 à 50% qui est en fait un scandale , du bradage de nos ressources a vils prix, c’est en principe vendre notre pétrole brut en dessous du cout de production du baril, qui est autour de 40$ le baril dans la sous-région.. Que se cache t-il derrière ce différentiel(décote) dont la SNH en a seule le secret ????

Dr Bareja Youmssi

Expert en Mines et Pétrole

Enseignant Chercheur

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