Bandjoun est misérable et donc oui, défigurée

Lorsqu’on demandait à André Gide qui était le plus grand poète français, il répondait, “Hugo, hélas !” J’enlèverai le hélas en corrigeant pour une fois Gide pour affirmer que Victor Hugo est le plus grand écrivain français du 19 siècle.

J’ai fait mon dernier papier de ma Senior year au Lycée (Northfield Mount Hermon) sur les Misérables. La seule condition de mon professeur, Dennis Kennedy, avait été que je lise le livre in English et pas en Français. J’ai comme presque toujours désobéi, Sorry Doctor Kennedy! J’avais une excellente raison pour cela : lire Les Misérables in English n’est pas lire Hugo !

Un des chapitres clés de Défigurée, mon nouveau livre qui paraît demain, Thanskgiving, « Il faut brûler Bandjoun » est grandement inspiré d’un des plus beaux chapitres des Misérables, « Les Morts ont raison et les Vivants n’ont pas tort. » Ce que je dis ou essaye de dire est que Bandjoun est misérable parce qu’elle est obsédée par son passé et insulte son présent en agissant comme si elle n’avait pas d’avenir.

Evidemment, Bandjoun est une ville à l’image du Cameroun et d’une bonne partie du continent africain : ses illusions identitaires sont bel et bien banales mais obsessionnelles. Ce qui la rend particulière est le chemin de croix morbide qu’est la fin de vie minable de son premier maire qui l’aime á mourir. Henry de Montherlant a écrit une superbe pièce dont le titre est La ville dont le prince est un enfant. Jean-François Bayart l’a utilisée pour imager les tares de la Macronie en affirmant très justement Malheur à la ville dont le prince est un enfant. Que faut-il dire d’un village dont le prince est un cadavre que l’on fait danser ? Que doit-on penser d’une aristocratie et des élites sont tellement embourgeoisées et gorgées de champagnes qu’elles parviennent à accepter l’inacceptable en vivant avec l’odieux en oubliant que oui comme l’affirmait Hugo c’est la porte de sortie du ridicule ?

Bandjoun se décompose. Son prince, L’homme qui va mourir pour elle par amour n’a pas pu la porter tout seul même s’il a essayé ! Il a tout fait pour la rendre lumineuse, pour l’élever au sommet de la montagne où il était parvenu à grimper. Maintenant, piteusement, honteusement et oui Bandjouniasement, les vautours utilisent son cadavre pour s’engraisser et camoufler leur vermine conscients que rien ne sera fait !

Bandjoun n’est pas juste la capitale de ma douleur, c’est la capitale de l’impuissance : le seul mâle était Victor Fotso, même son cadavre reste plus puissant que les autres !

Revenons à Défigurée, ce livre qui parle de mon père, de Bandjoun et de tant d’autres choses dans lequel je crie haut et fort qu’il faut brûler Bandjoun. En m’inspirant du génie de Hugo, je montre tout simplement que Bandjoun est misérable et oui défigurée et qu’il faut la brûler. Le but est d’enfin de cesser de ne faire que du réchauffé qui est immédiatement sacralisé qu’avec des déchets, du vieux et de l’abject au nom de traditions qui ne sont que des inventions parfois vulgaires et nigaudes.

Morceau choisi :

A Bandjoun, Javert est un modèle. Fantine se fait gang-banger publiquement : rien n’y est plus jouissif qu’une tournante. Cosette rampe dans la terre rouge pour trouver de quoi s’engraisser, grandir furieusement et prendre suffisamment de formes pour se prostituer lucrativement. Marius aime les catins et jouit devant son miroir dans une bâtisse odieusement immense et grotesque qui l’exile du réel en n’attirant que la débauche. Jean Valjean ne se relève jamais d’avoir volé du pain et trépasse dans un bagne surpeuplé. Monseigneur Myriel ne dîne jamais avec les gueux ; il mange à la table des nouveaux riches avec qui il parle argent sans complaisance devant du taro accompagné de champagne. Gavroche est moqué, torturé et explosé. Les Thénardiers sont des seigneurs et infectent la populace de maux afin que dopée et affamée, elle se prosterne devant la plus sorte et la plus bruyante des idoles. Le chef est une ombre inféconde et sans affect. Le maire est roi et nu ; par hubris, il entreprend seul un interminable chemin de croix et se crucifie lui-même pour gagner un combat ingagnable, perdu d’avance, contre le temps et la vie en espérant marchander avec les cieux. Il a échoué et meurt petitement. Ce n’est pas de dieu dont il devrait avoir peur mais de Maptué…sa mère !

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