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LA MAURITANIE : ENTRE RABAT ET ALGER, UN ÉQUILIBRE DIPLOMATIQUE SOUS PRESSION.

Invité de JMTV+, Dr Hamidine Moctar Kane décrypte les enjeux d’une rivalité régionale qui place la Mauritanie dans une position géographique et diplomatique particulièrement sensible. Entre les ambitions de Rabat, les intérêts d’Alger et le conflit du Sahara occidental, Nouakchott peut-elle préserver son équilibre et contribuer à une solution durable ?

Les relations entre le Maroc et l’Algérie traversent depuis plusieurs années une période de fortes tensions. La rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en août 2021 a consacré une crise profonde, alimentée notamment par le différend autour du Sahara occidental, les divergences stratégiques et la compétition pour l’influence régionale.

Dans ce contexte particulièrement délicat, un pays attire de plus en plus l’attention des observateurs : la Mauritanie.

Située à la jonction du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne, la Mauritanie occupe une position géographique qui lui confère une importance stratégique considérable. Voisine du Maroc et de l’Algérie, mais également proche du Mali et de l’espace sahélien, elle constitue un point de passage et d’équilibre dans une région où les intérêts politiques, économiques et sécuritaires s’entrecroisent.

C’est autour de ces questions que JMTV+ a reçu Dr Hamidine Moctar Kane pour un échange consacré aux relations entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie, ainsi qu’aux perspectives de règlement du conflit du Sahara occidental.

La Mauritanie, entre deux puissances régionales

La première interrogation soulevée au cours de l’émission concerne le risque de voir la Mauritanie devenir le terrain d’expression indirect de la rivalité entre Rabat et Alger.

Les deux pays cherchent à renforcer leur présence économique et diplomatique en Afrique. Le Maroc développe notamment ses ambitions commerciales et son Initiative Atlantique en direction des pays du Sahel. L’Algérie, de son côté, multiplie les initiatives de coopération avec ses voisins méridionaux, notamment dans les domaines des infrastructures, du commerce et de la sécurité.

Pour Nouakchott, l’équation est délicate. Approfondir ses relations avec l’un ne doit pas nécessairement se traduire par une détérioration de ses rapports avec l’autre.

La Mauritanie a donc intérêt à préserver une politique d’équilibre, en diversifiant ses partenariats et en défendant son autonomie diplomatique.

Mais jusqu’où peut-elle maintenir cette position lorsque les rivalités de ses deux voisins prennent une dimension économique et géopolitique de plus en plus importante ?

Une position géographique et diplomatique stratégique

La deuxième dimension de cet échange porte sur la place de la Mauritanie dans les équilibres régionaux.

Sa situation géographique en fait un espace de liaison entre l’Afrique du Nord, l’Atlantique et le Sahel. Elle représente un partenaire important pour les projets de transport, les échanges commerciaux, les infrastructures énergétiques et les dispositifs de coopération sécuritaire.

Cette position constitue une opportunité, mais également une responsabilité.

La Mauritanie peut-elle transformer son emplacement géographique en véritable influence diplomatique ? Peut-elle devenir un acteur incontournable du dialogue régional plutôt qu’un simple espace de compétition entre puissances voisines ?

La question mérite d’autant plus d’attention que la stabilité de la région dépend aussi de la capacité des États à construire des relations de coopération durables.

Sahara occidental : quelle responsabilité pour l’Union africaine ?

Autre sujet majeur abordé avec Dr Hamidine Moctar Kane : le rôle de l’Union africaine dans la recherche d’une solution durable au conflit du Sahara occidental.

Depuis plusieurs décennies, ce dossier constitue l’une des principales sources de tensions diplomatiques au Maghreb. Le Maroc défend une solution fondée sur l’autonomie du territoire sous souveraineté marocaine, tandis que le Front Polisario revendique le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.

L’Algérie soutient le Front Polisario, tandis que la Mauritanie affirme une position de neutralité positive.

Face à cette situation, quelle responsabilité revient à l’Union africaine ?

L’organisation continentale peut-elle contribuer à rapprocher les positions des différentes parties ? Dispose-t-elle de suffisamment de moyens politiques et diplomatiques pour favoriser une issue négociée ?

Si le processus conduit par les Nations unies demeure central dans la recherche d’un règlement, l’Union africaine conserve une responsabilité politique importante dans la promotion de la paix, du dialogue et de la stabilité sur le continent.

La difficulté réside cependant dans la capacité des acteurs concernés à s’accorder sur un cadre de discussion accepté par tous.

La Mauritanie peut-elle devenir médiatrice ?

La dernière grande interrogation concerne le rôle que pourrait jouer la Mauritanie dans une éventuelle démarche de rapprochement entre le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario.

Compte tenu de ses relations avec les différents acteurs et de sa position géographique, Nouakchott dispose d’atouts diplomatiques susceptibles de favoriser le dialogue.

Mais être un pays de contact ne signifie pas automatiquement pouvoir exercer une médiation efficace.

Une telle initiative supposerait la confiance des parties, une volonté politique réelle et un cadre diplomatique clairement défini, en coordination avec les efforts des Nations unies et de l’Union africaine.

La Mauritanie pourrait-elle alors devenir un facilitateur du dialogue, voire un médiateur reconnu ? Ou sa prudence diplomatique constitue-t-elle précisément la condition de son équilibre régional ?

Un équilibre régional à préserver

Au-delà de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, c’est l’avenir des relations entre le Maghreb et le Sahel qui se trouve posé.

Dans une région confrontée aux défis sécuritaires, aux difficultés économiques et aux recompositions géopolitiques, une escalade diplomatique entre les grandes puissances régionales risquerait de fragiliser davantage les mécanismes de coopération.

L’entretien avec Dr Hamidine Moctar Kane sur JMTV+ invite ainsi à réfléchir à une question fondamentale : comment construire une stabilité régionale durable lorsque les intérêts nationaux, les ambitions d’influence et les différends territoriaux continuent de s’opposer ?

La Mauritanie peut-elle devenir un trait d’union entre Rabat et Alger, ou restera-t-elle durablement prise entre deux ambitions régionales concurrentes ?

Un débat essentiel pour comprendre les nouveaux équilibres géopolitiques du Maghreb et du Sahel.

JMTV+ – La voix des sans voix.

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