Né sans droit sur lui-même.
Henry Plummer Cheatham naît en 1857 en Caroline du Nord. Sa mère est esclave de maison. Son père serait, selon la rumeur de l’époque, un notable blanc de la région — un fait jamais confirmé avec certitude. Mais peu importe : avoir un père blanc ne fait pas de lui un homme blanc. À l’époque, la loi dit que l’enfant suit le statut de sa mère. Et la société ne voit en lui qu’un homme noir. C’est comme ça qu’il est traité toute sa vie. Et c’est en tant qu’homme noir qu’il se bat. Il n’a que 8 ans quand la guerre civile se termine.
De l’école à la politique, Cheatham va à l’université Shaw. Il devient enseignant, puis directeur d’école. En 1884, il est élu à un poste important dans son comté. C’est à peine vingt ans après la fin de l’esclavage. Une victoire qui dérange. En 1888, il se présente dans un district où vivent beaucoup de Noirs. Il affronte un homme politique blanc,, . Il gagne, de justesse — environ 600 voix d’écart, 51% des voix. Il devient le seul élu noir au Congrès américain. Il est réélu en 1890, cette fois avec une avance plus large. Il reste, encore une fois, le seul. La riposte : changer la carteµ. Les Blancs ne peuvent pas le battre dans les urnes. Alors, avant l’élection de 1892, ils redessinent son district. Ils enlèvent trois comtés du sud-est, dont celui de Craven, peuplé à 65% de Noirs. Un candidat populiste entre aussi dans la course et lui prend des voix. Cheatham perd son siège. Il retente sa chance en 1894. Il perd encore. Le combat continue autrement.
En 1897, le président McKinley lui donne un poste important à Washington, qu’il occupe pendant quatre ans. Puis, en 1907, il devient directeur d’un foyer pour enfants noirs, à Oxford, qu’il avait fondé vingt ans plus tôt. Il y reste 28 ans, jusqu’à sa mort en 1935, à 77 ans. À ce moment-là, le foyer accueille 200 enfants.Ce changement de carte n’est pas un accident. C’est une méthode. Les Blancs du Sud des États-Unis l’ont utilisée partout, pour détruire, comté par comté, le pouvoir politique que les Noirs avaient gagné après la guerre civile. Cheatham a perdu son siège. Il n’a jamais perdu son combat.”Si personne ne raconte ce qu’un peuple a construit, on croira plus tard qu’il n’a rien fait.”Connaissiez-vous l’histoire d’Henry Plummer Cheatham ?
La rédaction
















