(émission & écrits)
Le sujet est sérieux, et il mérite d’être traité avec beaucoup de rigueur, car derrière les statistiques se trouvent des policiers, des familles et des collègues endeuillés.
Un phénomène ancien et préoccupant
Les suicides dans la Police nationale ne constituent malheureusement pas un phénomène nouveau. Le ministère de l’Intérieur indiquait par exemple 55 suicides de policiers en 2014, contre une quarantaine en moyenne les années précédentes. (Ministère de l’Intérieur)
En 2017, le ministère avait recensé 44 suicides de policiers au 12 novembre. En 2018, il faisait état de 17 cas dès le début de l’année, soit le même nombre qu’à la même période en 2017. (Ministère de l’Intérieur)
Un chiffre particulièrement marquant concerne 2019 : 59 policiers se sont suicidés, selon le ministre de l’Intérieur de l’époque. (Ministère de l’Intérieur)
Pourquoi les policiers sont-ils particulièrement exposés ?
Il faut éviter une explication unique. Le suicide est un phénomène multifactoriel. Mais le métier de policier présente plusieurs facteurs de risque spécifiques :
- confrontation régulière à la violence et à la mort ;
- interventions traumatisantes ;
- horaires décalés et fatigue ;
- pression hiérarchique et administrative ;
- difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale ;
- exposition aux agressions physiques et verbales ;
- accès à une arme de service ;
- culture professionnelle pouvant parfois rendre difficile l’expression d’une souffrance psychologique.
Sur ce dernier point, une étude du ministère de l’Intérieur montre que les forces de sécurité intérieure sont davantage exposées aux violences physiques et verbales que l’ensemble des personnes occupant un emploi. (Ministère de l’Intérieur)
L’arme de service est également une question importante
La question de l’accès à l’arme est particulièrement sensible. Dès 2015, après les 55 suicides recensés en 2014, le ministère avait notamment expérimenté des dispositifs permettant aux policiers de déposer leur arme de service à la fin de leur vacation. (Ministère de l’Intérieur)
L’objectif n’est évidemment pas de considérer l’arme comme la cause du suicide, mais de réduire l’accès à un moyen particulièrement létal lors d’une crise aiguë.
L’administration a mis en place des dispositifs
La Police nationale dispose notamment du Service de soutien psychologique opérationnel (SSPO). L’IGPN indique par ailleurs qu’une mission d’analyse de l’environnement des actes suicidaires est diligentée systématiquement après un suicide d’agent relevant de la Police nationale, afin d’étudier le contexte du passage à l’acte. (Police nationale)
En 2017-2018, le ministère avait également annoncé le renforcement des psychologues, des cellules de veille, des référents et de la formation des responsables hiérarchiques. (Ministère de l’Intérieur)

Et aujourd’hui ?
Il faut être prudent avec les chiffres récents : je n’ai pas trouvé, dans les sources officielles consultées, une série 2025-2026 suffisamment complète permettant d’affirmer honnêtement un nombre annuel définitif de suicides pour 2026.
Le rapport annuel 2024 de l’IGPN permet toutefois de constater que les suicides font toujours l’objet d’un suivi spécifique dans la Police nationale. Dans son bilan des décès survenus dans le cadre des missions de police en 2024, l’IGPN classe notamment 8 décès dans la catégorie « comportement de la personne : suicide, chute… ». Attention : ce chiffre concerne les décès recensés dans le périmètre de cette analyse, et ne doit pas être présenté comme le nombre total de suicides de policiers en 2024. (Police nationale)
Pour JMTV+, il y aurait un excellent sujet d’enquête
Compte tenu de votre travail journalistique, je verrais un reportage ou un débat intitulé :
« Police nationale : pourquoi tant de policiers se suicident-ils ? »
Avec une question centrale :
« La Police nationale protège-t-elle suffisamment ceux qui la protègent ? »
On pourrait donner la parole à d’anciens policiers, des familles de victimes, des syndicats, des psychologues spécialisés, des responsables de la Police nationale et éventuellement des chercheurs.
Et surtout, il serait intéressant de ne pas faire uniquement un sujet sur les chiffres : chercher ce qui se passe avant le passage à l’acte — souffrance au travail, mutations, conflits hiérarchiques, épuisement, difficultés familiales, traumatisme professionnel, isolement, prise en charge psychologique.
















