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Le verdict est attendu ce lundi 27 juillet à 12h devant le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. Mais sur le terrain des faits, du droit et de la morale, le jugement est déjà rendu depuis longtemps : ce procès n’est pas une quête de justice, c’est une exécution politique maquillée en recouvrement de créance. C’est une scène presque ordinaire dans ce qu’il reste de notre État de droit. Un matin de juillet, une armada de policiers, de gendarmes et de fonctionnaires débarque dans les bureaux d’une entreprise. Ils ne viennent pas enquêter. Ils viennent se servir. Ils emportent tout : les ordinateurs, les meubles, les téléviseurs. Et dans un élan de mesquinerie institutionnelle qui confine au ridicule, ils embarquent jusqu’à la cafetière et le paquet de sucre. Montant du préjudice pour l’entreprise : 50 millions de francs CFA. Motif invoqué : une prétendue dette de 7 millions. Quand l’huissier de justice, médusé, leur demande au nom de quoi ils agissent sans le moindre titre exécutoire, la réponse tombe, cinglante, d’une brutalité presque naïve : « Nous sommes l’État ». Tout est dit.

Dans ces quatre mots réside toute la tragédie de l’affaire Rebecca Enonchong contre la SRC. Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter à décembre 2025. Rebecca Enonchong, figure respectée de la tech et de l’entrepreneuriat africain, prend la parole lors d’une conférence de presse post-électorale. Avec sa franchise habituelle, elle met le doigt là où cela fait mal : elle dénonce la méthode d’un régime qui instrumentalise l’appareil fiscal et judiciaire pour asphyxier les acteurs économiques coupables de ne pas faire partie du système. Le crime de lèse-majesté est commis. La punition ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, la Société de Recouvrement des Créances lui adresse une sommation de payer 7,5 millions de francs CFA pour une dette attribuée à une société dont elle ignore jusqu’à l’existence. Aucune de ses entreprises n’a jamais contracté le moindre crédit auprès des banques locales. Qu’importe : en mars 2026, les commandements de payer attaquent directement l’entrepreneure, à titre personnel. La séparation entre la personnalité morale d’une entreprise et son dirigeant ? Un détail technique que l’État s’empresse de piétiner pour atteindre sa vraie cible : l’humain, la voix libre.

Face à cette extorsion qui ne dit pas son nom, Rebecca Enonchong commet l’audace de faire confiance à la justice. Le 23 mars 2026, elle assigne la SRC devant le tribunal de Douala-Bonanjo et pose une question d’une simplicité enfantine : « Montrez-nous les preuves. » Quatre mois plus tard, le bilan est effarant : aucun contrat de prêt produit par la SRC, aucun justificatif versé au dossier. La seule ligne de défense de l’État aura été de contester la compétence du tribunal pour gagner du temps. Puisque le droit refusait de lui donner raison, l’État a tranché par la force, envoyant ses forces de l’ordre faire le sac des locaux avant même que le juge ne se prononce. Ce lundi 27 juillet, à 12h, les juges de Douala-Bonanjo n’auront pas seulement à statuer sur un litige commercial vide de toute substance. Ils auront à choisir leur camp. Soit ils entérinent le principe selon lequel le pouvoir peut dépouiller un citoyen sur simple fait du prince, confirmant que le Cameroun est devenu une terre où entreprendre est un risque et parler, un délit. Soit ils rappellent à la SRC et à ses mandants que l’État n’est pas au-dessus des lois qu’il est censé protéger. Rebecca Enonchong n’est pas seulement une entrepreneure en guerre contre une administration prédatrice. Elle est le symbole de ce qui reste d’indépendance et de dignité face à la machine à broyer.

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