Chronique d’un pays à louer : après le poisson, le gaz… la terre.

Il y a des décisions qui ressemblent à des politiques publiques. Et puis il y a celles qui ressemblent à un avis de liquidation.

L’attribution de 53 957 hectares de terres agricoles à des investisseurs saoudiens n’est pas simplement un choix économique. Elle symbolise une conception du pouvoir où la confiance accordée au citoyen mauritanien semble avoir disparu.

À croire que la Mauritanie ne possède ni ingénieurs, ni agronomes, ni entrepreneurs, ni investisseurs, ni diaspora capable de financer et de porter des projets d’envergure. Des milliers de Mauritaniens réussissent pourtant à travers le monde. Mais lorsqu’il s’agit de bâtir leur propre pays, ils deviennent soudain invisibles.

Le message est limpide : pour exploiter la terre mauritanienne, mieux vaut venir de l’étranger que d’être Mauritanien.

Pendant que l’on célèbre la souveraineté dans les discours officiels, on la concède par contrats lorsqu’il s’agit de nos ressources stratégiques. La souveraineté n’est plus un principe : elle semble devenue un slogan réservé aux cérémonies nationales.

On nous expliquera qu’il s’agit d’investissements, de modernisation, de transfert de technologies. C’est l’argument classique. Mais une question demeure : pourquoi les compétences nationales et celles de la diaspora ne bénéficient-elles pas de la même confiance ?

À force de déléguer nos richesses aux autres, que restera-t-il à transmettre à nos enfants ? Le poisson est exploité par d’autres, les mines par d’autres, le pétrole et le gaz attirent les mêmes appétits, et désormais les terres agricoles suivent le même chemin. À ce rythme, le Mauritanien finira par contempler son propre pays comme un simple spectateur.

Le plus ironique est que l’on continue d’invoquer le patriotisme. Un patriotisme qui demande aux citoyens de défendre un patrimoine dont ils sont progressivement exclus.

D’autres États ont fait de la souveraineté économique une ligne rouge, considérant que certaines ressources ne peuvent être abandonnées sans compromettre l’indépendance nationale. La Mauritanie semble avoir choisi une autre voie : celle où l’on confond ouverture économique et abandon de responsabilité.

Nos terres ne sont pas une marchandise comme les autres. Elles portent l’histoire des générations qui les ont cultivées, protégées et transmises. Elles représentent un héritage collectif qui mérite mieux qu’une logique de concession permanente.

La véritable question est désormais simple : à qui profite réellement la richesse mauritanienne ?

Le citoyen peine à profiter de son poisson, de son or, de son fer, de son gaz, de son pétrole ou de ses phosphates. Demain devra-t-il également demander la permission pour vivre de sa propre terre ?

À force de tout céder, il ne restera peut-être bientôt qu’une seule richesse encore exclusivement nationale : le drapeau. Espérons simplement qu’il ne figure pas déjà sur la liste des prochaines concessions…..Wetov.

La rédaction

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