La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a fermement rejeté l’idée selon laquelle les anciennes colonies britanniques devraient rembourser au Royaume-Uni les investissements réalisés pendant la période coloniale.
Mottley a qualifié cette proposition d’« absurde », estimant que les descendants d’Africains réduits en esclavage ne devraient pas être contraints d’indemniser le pays dont le système colonial les a exploités et opprimés.« Je n’arrive pas à croire qu’on nous demande de répondre à l’idée selon laquelle les descendants des esclaves devraient payer pour la machine qui les a opprimés », a écrit Mia Mottley jeudi sur X.« Les Caraïbes ne doivent rien à la Grande-Bretagne pour l’esclavage, l’exploitation coloniale ou les lois qui traitaient les Africains comme des biens meubles. Nous ne demandons pas la charité. Nous demandons justice, et l’histoire elle-même a déjà établi la vérité », a-t-elle ajouté.Ses déclarations faisaient suite aux propos de l’ancienne ministre britannique de l’Intérieur, Suella Braverman, aujourd’hui membre du parti anti-immigration Reform UK.Braverman avait affirmé que l’Empire britannique avait « fait énormément de bien dans le monde », en réaction à des informations selon lesquelles la Jamaïque prévoyait de déposer officiellement une demande de réparations pour l’esclavage plus tard cette année.Elle avait suggéré que les anciennes colonies britanniques devraient plutôt rembourser le Royaume-Uni pour ce qu’elle a décrit comme « les investissements, les efforts et la contribution considérables » de la Grande-Bretagne à la mise en place des fondements de sociétés démocratiques.Mottley a rejeté cet argument et accusé certains responsables politiques britanniques de tenter d’utiliser le débat sur les réparations pour détourner l’attention des problèmes politiques internes du Royaume-Uni.« Ceux qui souhaitent s’exprimer sur cette question devraient d’abord prendre le temps de lire suffisamment l’histoire pour la comprendre », a-t-elle déclaré.« Les Caraïbes ne serviront pas d’instrument à la politique de qui que ce soit. »Cet échange intervient alors que les dirigeants de la Communauté des Caraïbes, la Caricom, se sont réunis à Sainte-Lucie pour discuter de questions régionales, notamment des demandes de réparations pour l’esclavage et l’exploitation coloniale.Mia Mottley est devenue l’une des voix les plus influentes au monde à réclamer que la Grande-Bretagne et les autres anciennes puissances coloniales reconnaissent les dommages économiques et sociaux durables causés par l’esclavage.Le mois dernier, elle a dirigé un sous-comité de dirigeants caribéens qui a lancé un nouveau manifeste sur les réparations lors d’une conférence au Ghana, renforçant ainsi la coopération entre l’Afrique et les Caraïbes sur cette question.Les dirigeants caribéens réclament notamment des excuses officielles, l’annulation de dettes, un soutien au développement ainsi que d’autres formes de justice réparatrice.La Grande-Bretagne a, à plusieurs reprises, insisté sur le fait qu’elle ne verserait pas de réparations.Ce débat trouve son origine dans plusieurs siècles d’esclavage et d’exploitation coloniale ayant touché des millions d’Africains. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, estime qu’entre 25 et 30 millions d’Africains ont été arrachés à leurs terres pour être réduits en esclavage, beaucoup ayant été déportés vers des plantations dans les Caraïbes et les Amériques.Sous la direction de Mia Mottley, la Barbade a retiré à la reine Elizabeth II son statut de cheffe de l’État et est devenue une république en novembre 2021, mettant officiellement fin à plusieurs siècles de liens constitutionnels avec la monarchie britannique.
La rédaction
















