(écrits)
Depuis un certain temps, nous assistons à un mouvement subit dans le secteur minier camerounais en général, et aurifère en particulier, à travers de multiples communiqués, décisions et arrêtés pris à la hâte pour éteindre un feu qui a déjà embrasé le secteur minier camerounais dans son entièreté. Je considère cela comme une fuite en avant pure et simple.
La situation catastrophique dans laquelle se trouve le secteur minier camerounais ne va pas se résoudre à travers des communiqués, des décisions et des arrêtés. Le Cameroun a pris un grand retard par rapport à d’autres pays tels que la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Gabon, les États de l’AES, etc.
On ne peut pas faire du Cameroun une destination minière depuis un bureau, entouré de personnes qui ont pour seul objectif de se remplir les poches. Le secteur minier ne se limite pas à l’or, au fer et à la bauxite… il faut voir plus loin.
Le MINMIDT, en dehors des mines, a aussi l’industrie et le développement technologique dans son portefeuille. Pourquoi se concentrer exclusivement sur les mines ? Un pays qui n’investit pas dans la connaissance de son sous-sol ne peut prétendre, à travers des communiqués, arrêtés ou décisions, établir un contrôle sur la gestion de ses ressources minières et leur traçabilité. Voilà pourquoi nous signons des conventions minières très défavorables à la patrie. Ainsi, nous vivons au rythme du timing des opérateurs qui sont, pour la plupart, des aventuriers.
Pour exploiter, il faut avoir fait de la prospection, de la recherche et de l’exploration : c’est le modèle standard et classique. Pour exploiter, il faut connaître ce qu’on exploite (teneur, réserves, etc.). Le Cameroun doit connaître ses réserves en or alluvionnaire et primaire.
Si nous voulons que la traçabilité de l’or soit un succès, il faut faire les choses selon les règles de l’art. La fuite en avant ne nous aidera pas. Avant de toucher l’aval minier, il faut déjà avoir effectué l’amont minier, c’est-à-dire la prospection, la recherche et l’exploration.
Le Cameroun a une connaissance approximative de son sous-sol en général et de son potentiel aurifère en particulier. Je ne me rappelle pas avoir vu les géologues du MINMIDT ou de la Sonamines sur le terrain pour une évaluation des flats aurifères du Cameroun ou de la région de l’Est.

Nous délivrons des autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée sur des sites dont le potentiel nous échappe, et nous pensons contrôler leur exploitation ? C’est de la sorcellerie pure et simple.
J’ai les questions suivantes aux autorités du MINMIDT suite aux trois décisions :
En quoi consiste le système à vase clos que vous vantez autant et que vos collaborateurs proposent aux opérateurs à hauteur de 600 millions de FCFA ? Veuillez nous donner son fluxogramme.
Est-ce que ce système est l’unique solution technique de traitement du gravier ? Si oui, élaborez ; sinon, pourquoi l’imposez-vous aux opérateurs ?
En 2023, vous autorisez l’utilisation des packs chimiques dans des exploitations aurifères artisanales semi-mécanisées pour, soi-disant, augmenter le taux de récupération de l’or, des graviers, sans vous soucier de leur impact sur l’environnement. Aujourd’hui, la région de l’Est est en passe de devenir le Tchernobyl d’Afrique. Pourquoi ne pas d’abord assainir les dégâts environnementaux causés par votre décision avant de passer à autre chose ?
Le système à vase clos exposera le Cameroun à une catastrophe chimique, car les opérateurs étrangers sur lesquels vous jetez votre dévolu ne se soucient pas de notre environnement.
Enfin, bref aperçu sur l’or :
En fait, il existe deux types d’or : l’or alluvionnaire et l’or primaire.
Généralement, l’or alluvionnaire s’exploite dans les flats, les anciens lits de rivière où l’or est piégé dans du sable ou des graviers. L’or primaire se trouve dans des roches, généralement des filons de quartz, ce que les villageois appellent « cailloux ».
Ces deux types d’or nécessitent des traitements différents. Le sable de l’or alluvionnaire peut se traiter par gravitation à eau et le taux de récupération de l’or peut atteindre 70 à 80 %, selon le type de machine utilisée. Mais lorsque l’or du gravier est très fin, certains préfèrent recourir au mercure, au cyanure ou aux packs chimiques pour le traitement.
Il en est de même pour l’or primaire dans la roche où il faut concasser, broyer la roche, puis traiter la poudre par lixiviation (packs chimiques, cyanuration), dans un système à vase clos, etc.
Normalement, dans les exploitations artisanales semi-mécanisées, on ne devrait pas utiliser ce type de traitement, qui est réservé à la petite mine et à la mine industrielle. On ne devrait même pas autoriser l’exploitation de la roche sous le régime d’autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée, car c’est la destruction d’un gisement qui devrait d’abord faire l’objet d’une recherche et d’une exploration approfondies.
Enfin, je propose à l’État camerounais d’imposer un moratoire sur l’exploitation de l’or au Cameroun, le temps pour le pays de faire une évaluation technique et numérique du potentiel aurifère. Ce travail nous permettrait d’avoir une cartographie du potentiel aurifère du Cameroun par zone ciblée. Les autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée seraient attribuées avec déjà une estimation de l’or contenu dans le site attribué, ce qui permettrait une meilleure traçabilité de la production.
Dr Bareja Youmssi
Expert en mines et pétrole
Enseignant-chercheur















