(vidéo & émission)
Dans son échange avec Jacky Moiffo, l’ingénieur et spécialiste des questions numériques revient sur son ouvrage La Quatrième blessure et alerte sur les enjeux de souveraineté liés à l’intelligence artificielle en Afrique.
L’intelligence artificielle n’est plus une technologie réservée aux laboratoires ou aux grandes puissances technologiques. Elle s’impose désormais dans l’éducation, la santé, la sécurité, l’économie, l’information et, plus largement, dans l’organisation des sociétés.
Mais pour l’Afrique, une question essentielle demeure : le continent sera-t-il simplement consommateur des technologies développées ailleurs ou parviendra-t-il à construire sa propre souveraineté numérique ?
C’est autour de cette question que Mandiaye Diallo a été reçu par Jacky Moiffo dans l’émission de JMTV+.
« La Quatrième blessure » : un livre pour interroger la dépendance numérique
Au cœur de cet entretien figure son ouvrage, La Quatrième blessure – Pourquoi l’Afrique doit gagner la guerre numérique.
À travers ce livre, Mandiaye Diallo propose une réflexion sur la place de l’Afrique dans la transformation numérique mondiale et sur les risques d’une nouvelle dépendance technologique.
Car derrière les applications, les plateformes et les outils d’intelligence artificielle se trouvent des enjeux beaucoup plus stratégiques : les données, les infrastructures, les capacités de calcul, les compétences humaines et la maîtrise des technologies.
Pour l’auteur, la question n’est donc pas simplement de savoir si les Africains utilisent l’intelligence artificielle, mais de déterminer qui conçoit les outils, qui contrôle les données et qui fixe les règles du monde numérique de demain.
L’IA : opportunité historique ou nouvelle dépendance ?
Au cours de l’émission, la discussion s’est naturellement déplacée vers l’intelligence artificielle.
L’IA pourrait offrir au continent des possibilités considérables dans des domaines aussi essentiels que la santé, l’éducation, l’agriculture, la recherche scientifique ou encore la sécurité.
Mais cette révolution technologique soulève également une interrogation majeure : que se passe-t-il lorsque les technologies utilisées par les populations africaines sont conçues essentiellement à partir de données et de références produites ailleurs ?
La question des biais algorithmiques prend alors une importance particulière.
Une intelligence artificielle n’est pas totalement indépendante des données qui servent à son apprentissage. Si certaines populations, certaines langues ou certaines réalités culturelles sont insuffisamment représentées dans ces données, leurs spécificités peuvent être mal prises en compte par les systèmes numériques.
Les langues africaines au cœur de la bataille
Autre enjeu évoqué : celui des langues africaines.
Le continent possède une extraordinaire diversité linguistique. Pourtant, cette diversité reste encore très inégalement représentée dans les technologies numériques et les grands modèles d’intelligence artificielle.
Pour Mandiaye Diallo, la souveraineté technologique passe donc également par la capacité à faire entrer les langues, les cultures, les histoires et les réalités africaines dans les technologies de demain.
La question dépasse ainsi la seule performance technique.
Elle touche à la capacité d’un peuple à produire son propre savoir numérique et à raconter sa propre réalité à travers les technologies qu’il utilise.
Des données africaines, mais pour qui ?
L’un des grands enjeux de cette révolution concerne également les données.
Les Africains produisent quotidiennement d’immenses quantités de données à travers leurs téléphones, leurs réseaux sociaux, leurs transactions, leurs recherches et leurs activités professionnelles.
Mais la production d’une donnée ne signifie pas nécessairement sa maîtrise.
Qui la collecte ? Où est-elle stockée ? Qui peut l’exploiter ? À quelles fins ? Et surtout, quelle valeur économique et stratégique peut-elle représenter ?
Autant de questions qui conduisent directement à celle de la souveraineté.
L’Afrique doit-elle construire sa propre stratégie ?
L’entretien pose également la question de la réponse politique.
Face aux États-Unis, à la Chine et à l’Europe, qui investissent massivement dans l’intelligence artificielle, l’Afrique peut-elle se contenter d’importer des technologies ?
Ou doit-elle développer ses propres infrastructures, former davantage d’ingénieurs et de chercheurs, constituer ses bases de données et encourager l’émergence d’entreprises africaines capables de concevoir leurs propres solutions ?
La question est d’autant plus importante que le continent dispose d’un potentiel considérable : une population jeune, des talents nombreux et une diaspora scientifique et technologique importante.
Le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en capacité réelle de production et d’innovation.
De la matière première aux données : le même scénario ?
L’une des questions de fond qui traverse la réflexion de Mandiaye Diallo pourrait se résumer ainsi :
l’Afrique risque-t-elle de reproduire dans le numérique le modèle économique qu’elle a longtemps connu avec ses ressources naturelles ?
Autrement dit : fournir la matière première, puis importer les produits finis.
Hier, il s’agissait du pétrole, du cacao, du bois, de l’or ou d’autres ressources. Aujourd’hui, les données pourraient-elles devenir une nouvelle matière première stratégique ?
Cette interrogation donne tout son sens au titre de son ouvrage : La Quatrième blessure.
Une conversation à découvrir sur JMTV+
À travers cet entretien, Mandiaye Diallo invite donc à dépasser la fascination pour les performances de l’intelligence artificielle pour poser une question beaucoup plus fondamentale :
Une question qui concerne les gouvernements, les entreprises, les universités, les chercheurs, mais également chaque citoyen africain.
L’Afrique sera-t-elle simplement utilisatrice de l’intelligence artificielle ou deviendra-t-elle aussi productrice de l’intelligence technologique de demain ?
Pour découvrir l’intégralité de l’échange entre Mandiaye Diallo et Jacky Moiffo, retrouvez la vidéo de l’émission ci-dessous.
La Quatrième blessure — IA, données, souveraineté numérique et avenir de l’Afrique.
La rédaction aidée par l’IA
















