Le fossé qui sépare les pays pauvres et les pays riches semble se rétrécir face à la Covid-19. Ce virus pernicieux ignore les frontières et poursuit allègrement son chemin. Il correspond bien à l’idée que nous, profanes, nous faisons de la mondialisation ou de la globalisation : voyager librement sans frontière. Et de ce point de vue, le monde semble si petit et si fragile.
La covid-19 réduit notre champ de bataille. De Buenos Aires à Londres, de Paris à Abidjan en passant par Pékin ou Yaoundé, le son de cloche est le même. Il n’est plus question de puissance ou de couleur de peau, de richesse ou de pauvreté. Nous voici enfin égaux devant la maladie. Au diable les puissants, les libéraux, les illuminés, les faiseurs de leçons et les éclairés. La pandémie ne connait point les frontières. Elle nous fragilise tous. La mondialisation, cette politique de libéralisation sournoise prônée par les puissants est subitement violée. Les pays occidentaux ferment leurs frontières terrestres, aériennes et maritimes. Adieu Schengen. Quelle perfidie ! Le passeport vaccinal va-t-il bientôt remplacer le passeport biométrique ? La question mérite d’être posée en Occident où la frilosité des autorités atteint son paroxysme face à une pandémie qui pourrait bousculer les équilibres politiques et économiques.
Mais sortons un peu de nos tanières et regardons la vérité en face. Arrêtons de jubiler pour une prétendue égalité devant la maladie. La réalité nous rattrape aussitôt. Les soins sont d’abord prodigués aux pays riches. Normal ! Ils produisent les vaccins et sont les premiers bénéficiaires. Notre joie a donc été de courte durée. Redescendons sur terre ! Ne perdons pas de vue que si nous sommes égaux devant la maladie, nous ne sommes pas égaux devant les soins. Cette vérité que nous appréhendons est inéluctable.
La vaccination
La Covid-19, nous le disions, ne connait pas de frontière. Mais les soins si. Ils profitent d’abord aux pays riches. Ne nous voilons pas la face. Les pauvres formeront comme d’habitude le plus grand contingent de morts face à une pandémie maligne qui n’arrête pas de muter.
L’OMS, garante d’une justice mondiale de la santé, est réduite à sa peau de chagrin. Les pays riches priorisent leurs populations et une guerre est ouverte entre les laboratoires pharmaceutiques. Une fois encore, nous ne sommes pas égaux face aux soins. L’Afrique reste le parent pauvre de la vaccination pour tous. Le nationalisme vaccinal des pays riches prive les pauvres du vaccin.
Cette discrimination est insupportable. Elle est même abjecte. Une guerre de communiqués alimente les médias pour dénoncer la distribution arbitraire des vaccins par pays. Et Spoutnik, le vaccin russe ? Faut-il y recourir ? A ce stade, rien ne confirme qu’il est moins efficace. Beaucoup de pays frappent à la porte de Moscou pour l’acheter. A défaut de fabriquer son propre vaccin, l’Afrique devra diversifier ses sources d’approvisionnement pour espérer endiguer une pandémie qui ne s’arrête pas aux frontières. Elle a tort de s’en remettre aux forces exogènes de l’OMS qui sont comme celles de l’ONU, c’est-à-dire un organisme moribond.
En attendant une vaccination hypothétique, l’Afrique doit continuer à respecter la distanciation, à porter un masque et surtout, à boire la bonne vieille tisane de grand-mère qui a fait ses preuves contre toutes ces pandémies qui sévissent sur le continent.
Selon les conclusions scientifiques en cours, le réchauffement climatique aurait favorisé l’apparition de la Covid-19. Cet enseignement remettra-t-il en cause les appétits féroces de grands pollueurs ? Nous pouvons en douter. C’est une des raisons pour lesquelles la Covid-19 est un pied de nez aux pays riches.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste Indépendant

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