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Pourquoi les filières littéraires attirent-elles davantage les jeunes Africains que les sciences, la technologie et l’ingénierie ?

Les résultats du baccalauréat au Burkina Faso viennent une nouvelle fois poser une question essentielle sur l’avenir de l’Afrique francophone.

Parmi les quelque 65 000 jeunes admis au baccalauréat, une très forte proportion serait issue des séries littéraires, tandis que les effectifs des filières scientifiques demeureraient particulièrement faibles.

Une situation qui interpelle.

Est-ce la littérature qui développe un pays ? Ou bien la science, la technologie, l’ingénierie, la médecine et l’industrie ?

La littérature est évidemment indispensable à une société. Elle permet de penser, de raconter, de transmettre et de construire une conscience collective. Mais un continent qui aspire à son indépendance économique et technologique peut-il faire l’économie d’une politique massive en faveur des sciences et des technologies ?

Le paradoxe camerounais

Le Cameroun présente, de son côté, un paradoxe particulièrement intéressant.

Le pays dispose de nombreux scientifiques, médecins, ingénieurs, économistes, chercheurs et entrepreneurs de haut niveau, dont beaucoup exercent aujourd’hui à l’étranger.

Parmi les personnalités scientifiques et intellectuelles d’origine camerounaise que l’on peut citer figurent notamment le Dr Séverin Kezeu, le Dr Ernest Simo, le professeur Joséphine Guidy Wandja, Patrice Désiré Dongo, le Dr Pierre Nguimkeu, le professeur Prévost Jantchou, ainsi que d’autres chercheurs et ingénieurs de renom.

Une question se pose alors :

Pourquoi l’Afrique, et particulièrement le Cameroun, peine-t-elle à valoriser suffisamment ses compétences scientifiques, technologiques et industrielles, y compris celles de sa diaspora ?

Et une autre interrogation, beaucoup plus sensible, mérite d’être posée :

Existe-t-il au Cameroun des mécanismes politiques, administratifs ou sociologiques qui expliqueraient cette difficulté à mobiliser certaines compétences nationales ?

La question des appartenances régionales et communautaires peut-elle également intervenir dans cette équation ? Si tel était le cas, quelles en seraient les conséquences pour l’unité nationale et pour le développement du Cameroun ?

Et si l’origine du problème remontait à la colonisation ?

Il faut également s’interroger sur l’héritage du système éducatif colonial.

Pendant et après la période coloniale française, quelle place a été accordée aux sciences, à la recherche fondamentale, à l’ingénierie et à la production technologique dans les sociétés africaines ?

Pourquoi les grandes figures intellectuelles africaines mises en avant dans l’histoire et dans les médias sont-elles si souvent des écrivains, philosophes ou hommes politiques ?

Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Frantz Fanon…

Ces figures sont évidemment majeures dans l’histoire intellectuelle africaine et anticoloniale.

Mais pourquoi les scientifiques africains sont-ils beaucoup moins présents dans l’imaginaire collectif ?

Même Cheikh Anta Diop, pourtant scientifique, historien et penseur majeur, demeure-t-il suffisamment enseigné et valorisé comme scientifique auprès de la jeunesse africaine ?

La science comme enjeu de souveraineté

La question devient encore plus importante lorsqu’on observe les conflits contemporains.

Dans plusieurs guerres, la connaissance scientifique et technologique constitue un enjeu stratégique majeur.

La question de la protection des chercheurs, ingénieurs et scientifiques dans les zones de conflit mérite donc d’être posée.

Pourquoi les scientifiques et les infrastructures scientifiques peuvent-ils devenir des cibles dans les conflits modernes ?

Et surtout :

Que devient une nation lorsqu’elle détruit ou laisse partir ses cerveaux, ses chercheurs et ses ingénieurs ?

Quel rôle pour les médias africains ?

Il existe enfin une autre responsabilité que nous devons interroger : celle des médias.

Les médias africains ont-ils suffisamment contribué à mettre en lumière les scientifiques, les ingénieurs, les inventeurs, les chercheurs et les entrepreneurs technologiques du continent ?

Combien de jeunes Africains connaissent les noms de leurs grands scientifiques ?

Combien connaissent, en revanche, les artistes, influenceurs, footballeurs ou personnalités politiques qui occupent quotidiennement les écrans ?

Quel type d’invités retrouvons-nous le plus souvent sur les plateaux de télévision et dans les émissions de radio ?

Sommes-nous en train de construire une jeunesse qui rêve principalement de célébrité, ou une jeunesse qui rêve également de laboratoires, d’entreprises technologiques, d’industries, de satellites, de médicaments, d’intelligence artificielle et d’innovations africaines ?

L’Afrique doit changer de récit

L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni de talents, ni de ressources humaines.

Elle possède des scientifiques, des médecins, des ingénieurs, des chercheurs et des entrepreneurs capables de contribuer à sa transformation.

Mais encore faut-il les former, les retenir, les faire revenir, les écouter et surtout leur donner les moyens de créer.

La véritable souveraineté africaine ne sera pas uniquement politique.

Elle sera aussi scientifique, technologique, industrielle, sanitaire, éducative et numérique.

L’Afrique est souvent présentée comme le continent du futur.

Mais le futur ne doit plus être une promesse.

Le futur de l’Afrique, c’est maintenant.

Et si le véritable combat pour l’indépendance africaine commençait dans les salles de classe, les laboratoires, les universités et les centres de recherche ?

La rédaction


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